lundi , 24 juin 2024
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Un entretien avec M. Asry (*), expert international dans les solutions anti drones

Un entretien avec M. Asry (*), expert international dans les solutions anti drones

On remercie beaucoup M. Marouane Asry d’avoir bien accepté de nous consacrer le présent entretien en dépit de son agenda chargé.

M.Marouane Asry

Question 1 : Les drones sont très utilisés actuellement dans tous les pays à des fins positives ou malheureusement souvent à des fins négatives. A cet effet et compte tenu de votre expérience internationale comment un pays établit un plan d’actions de lutte anti-drone à usage négatif (trafic de drogue, prise de photos non autorisée, etc.) ?

Réponse : Le nombre de drones augmente constamment à un rythme effréné chaque année au niveau mondial. Cela est principalement dû au développement important du marché de l’industrie des drones dans ses différents classification et usage. Les drones sont devenus un outil ou un moyen technique nécessaire dans de nombreux domaines, notamment ceux qui sont actives en sécurité et défense, ou bien au niveau des industries de services divers, ou bien même à des fins d’utilisations amateurs. Ainsi, les services de sécurité et défense au niveau mondiale sont en train de faire face à une augmentation spectaculaire de nombre des drones proportionnellement relative à l’augmentation des risques associés.

On note bien évidemment que les États-Unis, la Chine et certains pays européens travaillent très durs pour formuler de nouvelles régulations, normes et politiques, ainsi que l’acquisition des systèmes de supervision avancés assurant la bonne conduite et l’utilisation appropriée de ces drones.

Question 2 : Dans le cadre de cette lutte anti drone à usage négatif, détruire les drones pourra occasionner de dommages éventuellement sur le public. Est ce qu’il ne faut pas envisager d’autres solutions comme celles s’appuyant sur des caméras thermiques panoramiques capables d’identifier un drone à distance. Ou celles consistant à brouiller les communications entre le drone et son pilote dans le cas où elles ne sont pas cryptées, ou carrément pirater le drone pour en prendre le contrôle.

Réponse : On doit tout d’abord comprendre que les systèmes anti-drone sont doté de deux segments importants, détection (scanning, captage, classification etc.) et action (brouillage, attaque physique, spoofing etc…), Les drones deviennent plus avancés technologiquement, plus intelligents, plus rapides, donc plus difficiles à détecter via les méthodes traditionnelles (radar classique), et qui sont insuffisantes pour de nombreux scénarios possibles, comme par exemple la fausse alarme causé par plusieurs types de parasites, C’est pourquoi le fait de combiner plusieurs solutions simultanément aura toujours plus d’impact que de croire qu’une seule solution convient à tous. Par exemple, au niveau du scanning et de la détection, la caméra thermique dotée d’intelligences artificielles pour la détection et la classification d’objet pourra être une bonne idée, sauf qu’elle va couvrir une distance très limitée, sans parler d’autres défis de paramétrage. Cependant, au niveau d’action contre un drone, certaines grandes entreprises utilisent des techniques de brouillage software pour certaines classes de drone afin d’éviter des possibles dommages collatéraux, au lieu de viser la couche physique et des radiofréquences qui pourront nuire à la sécurité et la sureté publique ou à l’écosystème de surveillance et de contrôle radar des aéroports par exemple, mais les limitations de cette technique restent visiblement insuffisante, vu la diversité des technologies avancés utilisés par les fabricants de drones, ainsi que des techniques et des méthodes utilisées par des experts de piratage systèmes pour contourner facilement les anti-drones basés sur le Soft-Jamming.

Question 3 : l’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus intégrée dans les nouveaux drones. Comment on doit se préparer à cette évolution visant à la mise en place d’une politique anti drones plus efficace avec l’IA ?

Réponse : L’IA a un impact trop élevé dans le développement des anti-drones. En plus de la détection basée sur de nombreuses méthodes de classification pour différencier entre un drone et d’autres objets volants, l’IA ajoute une précision beaucoup plus élevée avec moins de faux positifs (faux alarmes). La même chose au niveau du brouillage, l’IA apporte une grande valeur ajoutée et aide énormément à effectuer un brouillage précis afin d’orienter une attaque sélective afin de ne pas perturber d’autres technologies voisines (exemple de l’écosystème d’un aéroport).

Question 4 :  Coté ressources humaines en ce qui concerne ce domaine de la sécurité ne faut-il pas envisager aussi des nouveaux profils en relation avec la lutte anti drones. Par exemple pour les aéroports, il existe déjà des technologies de défense anti drones basé sur les radars adéquats. Mais les problèmes souvent évoqués c’est que les actuels responsables de la sécurité ne sont pas en mesure d’avoir une réelle vue d’ensemble dans le cas où des drones non « halals », s’introduisent dans ces aéroports.

Réponse : L’écosystème de sécurité dans un aéroport est beaucoup trop compliqué, des systèmes RADARs qui surveille le ciel «ASR», d’autres pour l’atterrissage des avions comme ILS, etc.… Parfois les services de sécurité font face à des décisions très difficiles, au-delà de ce qu’on peut imaginer, et donc le plan d’action doit varier d’une situation à l’autre, et par rapport à plusieurs paramètres, pour ne pas mettre en péril la sécurité publique. Pour moi, plutôt la formation et la mise à jour continue, que de parler de nouveau profils. Le Maroc n’a jamais manqué de ressources humaines de haute compétence qui ont protégé nos cieux soit avant l’introduction des nouveaux systèmes automatisés et renforcés ou bien après, le savoir-faire existe déjà et le transfert technologique et d’expérience entre les générations ont toujours eu lieu, car on ne peut pas juste ignorer une expérience pertinente acquise après des longes années d’apprentissage continue, et sur terrain en plus, c’est pour cela, les experts de développement de ces systèmes avancés dans le monde entier on a toujours recourt au responsable de la sécurité en aval et en amont, jusqu’aux « Fine-Tuning » du nouveau produit délivrable, donc on peut venir avec des idées, mais tous les paramètres changent sur le terrain. On doit bien évidemment adapter des modèles de formation robuste, héritage du savoir-faire acquis (classique ou nouvelle), être au courant des meilleurs pratiques des normes et des protocoles utilisés. Ainsi, avoir une image claire des nouvelles politiques et d’échanger l’expertise avec les pays qui ont pu adopter des modèles robustes et efficaces de lutte contre les drones de mauvaise intention.

Question 5 :  Pouvez-vous donner quelques solutions ayant fait leur preuve en matière d’anti-drones à travers le monde ?

Réponse : De nombreuses excellentes solutions existent pour la détection de drones, et d’autres pour les contrer « anti-drone », dans un cadre qui entre partiellement dans l’écosystème de la guerre électronique. D’après notre expérience, les États-Unis, la France, la Chine et Israël disposent des solutions et des fournisseurs très puissants au niveau de ces technologies. Comme nous l’avons mentionné, il n’existe pas une seule solution qui convient à tous (one size doesn’t fit all); Je ne peux pas donner de nom d’entreprises bien sûr, mais quelques fournisseurs dans ces pays dispose de technologies beaucoup trop avancée.

Question 6 : Certains pays utilisent des aigles dressés pour la destruction des drones néfastes. Que pensez-vous de cette démarche ?

Réponse : Oui, il pourrait être efficace contre les micro-drones (relativement petit) quand l’aigle est bien entraîné. En effet, cette méthode s’est avérée efficace auparavant et avec des scénarios et des classes de drones donnés. Aujourd’hui, le drone est également considéré comme un oiseau artificiel intelligent doté d’un ensemble de capteurs fusionné pour ne pas être une proie facile à chasser. Cela peut également parfois causer des graves accidents et blessures à l’aigle. Sachant qu’il est très difficile d’attraper certains drones à voilure fixe et à grande vitesse en utilisant un oiseau volant.

(*) : Profile

Ingénieur en automatisation par éducation, expert en ingénierie des systèmes électroniques et sécurité par expérience, avec un cumul de plus de 8 ans d’expérience et d’innovation dans diffèrent domaines de technologie appliquée en Systèmes de Trans- ports Intelligents (ITS) et sécurité des Smart-Cities, ainsi que l’R&D appliqué dans les technologies du secteur de défense. Pendant cette période je me suis engagé à développer et à intégrer plusieurs systèmes à base d’IOT, intelligence artificielle, RADAR, LIDAR, fusion de capteurs, traitement d’images avancées et analyse vidéo appliquée dans la surveillance, sécurité routière et technologies de défense.

Entreprise

Cofondateur de la startup TOXINEL, une nouvelle création au Maroc qui vise le développement des solutions de sécurité à base d’IOT, IA, fusion de capteurs divers appliqués dans le domaine de la sécurité publique. L’entreprise propose aussi des services d’architecture de solutions, ainsi que le développement informatique en SAAS ou en PAAS et d’autres services liés à la migration numérique notamment l’infrastructure des systèmes d’informations et de communication.

Dernière Expérience

Ingénieur en électronique, expert en sécurité et spécialiste en recherche et développement au centre d’innovation stratégique de la police d’Abu Dhabi pendant 4 ans. Chef de projets techniques et développeur principal de plusieurs systèmes de sécurité à base d’IOT, LIDAR, fusion de capteurs divers et Intelligence Artificielle appliquée dans les villes intelligentes ainsi que le développement de plusieurs plates-formes digitales.

En plus des projets qui entrent dans le cadre d’Abu Dhabi Safe-City et sécurité des frontières, j’ai travaillé entant qu’évaluateur et analyste en technologie d’information et sécurité des infrastructures numériques et des plates-formes digitales internes dans l’ensemble des départements techniques, et conseiller senior auprès du bureau exécutif du commandement en chef de la police d’Abou Dhabi, chargé de solutions en technologie de pointe et d’intelligence avancées.

Ce séjour au Emirates Arabe Unis a été marqué par plusieurs distingué, notamment deux fois honorées par la prestigieuse médaille d’excellence de la Police Abou Dhabi, et trois fois récompensé par le prix d’honneur et mérite, ainsi que d’autres prix et récompenses diverses.

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