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POUR UNE MORALE UNIVERSELLE lettre de Einstein aux chefs des Etats puissants en 1954

POUR UNE MORALE UNIVERSELLE lettre de Einstein aux chefs des Etats puissants en 1954

Par ALBERT EINSTEIN (*).                                  

D’aussi loin que je puisse voir, il est une considération qui se trouve au seuil de tout enseignement moral. Si les hommes, en tant qu’individus, cèdent à l’appel de leurs instincts élémentaires, évitant la douleur et ne cherchant que la satisfaction pour eux-mêmes, de crainte et de misère confuse. Si d’un autre côté ils utilisent leur intelligence de façon individualiste, c’est à dire égoïste, bâtissent leur vie sur l’illusion que l’on peut mener sans attaches une existence heureuse et les choses n’iront que difficilement mieux. En comparaissant avec autres instincts et impulsions élémentaires, les sentiments de l’amour et de l’amitié sont trop faibles et trop confus pour mener à un état tolérable de la société humaine. La solution de ce problème, lorsqu’il est librement considéré, est assez simple, et semble également répondre aux enseignements des sages du passé, toujours dans le même sens : tous les hommes devraient laisser guider leur conduite par les mêmes principes. Ces principes devraient être tels qu’en les suivants ils devraient assurer à tous une aussi large mesure que possible de sécurité et de satisfaction, et une aussi petite mesure que possible de souffrance. Naturellement cette nécessité générale est trop vague pour que nous puissions être en mesure d’en tirer, en toute confiance, des règles spécifiques pour guider les individus dans leurs actions. Et de plus, ces règles spécifiques devraient évoluer au gré des circonstances changeantes. Si telle avait été la principale difficulté qui se dressait sur la voie de cette conception, le destin millénaire de l’homme aurait été incomparablement plus heureux qu’il ne fut en réalité ou qu’il ne continue de l’être. L’homme n’aurait pas tué l’homme, n’aurait pas torturé ou exploité son semblable par la force ou la ruse. La difficulté réelle, la difficulté qui a déconcerté les sages de tous les temps est celle-ci : comment pouvons-nous rendre notre enseignement si marquant dans la vie émotionnelle de l’homme que son influence résiste à la pression des forces psychiques élémentaires qui se trouvent dans l’individu ? Nous ne savons pas, naturellement, si les sages du passé se sont réellement posé cette question, consciemment et sous cette forme ; mais nous savons comment ils ont tenté de résoudre le problème. La religion monothéique acquit différentes formes avec divers peuples et groupes. Bien que ces différences ne fussent en aucun cas fondamentales, elles furent cependant ressenties plus puissamment que les faits essentiels qui leur était communs. Et, dans ce sens, la religion provoqua souvent l’inamitié et les conflits au lieu d’unir le genre humain par la même idée morale universelle. Puis vint la poussée des sciences naturelles, avec leur profonde influence sur la pensée et sur la vie pratique affaiblissant encore d’avantage dans les temps modernes les sentiments religieux des peuples. La façon de penser causale et objective, bien que n’étant pas nécessairement en contradiction avec la sphère religieuse, ne laisse dans la plupart des esprits que peu de place à l’approfondissement du sens religieux. En raison de l’existence de ce rapport traditionnel et étroit entre la religion et la morale, cela a provoqué au cours des cent dernières années un sérieux affaiblissement de la pensée comme du sentiment moral.

Ce qui constitue à mon avis la raison principale de l’accentuation de la barbarie des procédés politiques de notre temps. Alliée à la terrible efficacité des nouveaux moyens techniques, cette accentuation de la barbarie constitue une menace effroyable pour le monde civilisé. Il est inutile de dire qu’on est heureux que la religion lutte pour du principe moral. Cependant, l’impératif moral n’est pas un sujet appartenant à la religion et à l’église seules, mais constitue l’acquisition traditionnelle la plus précieuse de toute l’humanité…Tout est dominé par le culte de l’efficacité et du succès et non pas par la valeur des choses et des hommes en relation avec les fins morales de la société humaine.

A cela, il faut ajouter la détérioration morale résultant d’une impitoyable lutte économique. Cette conception implique par-dessus tout, une exigence : que chaque individu ait la possibilité de développer les dons qui peuvent se trouver en lui à l’état latent. Ce n’est que dans ce sens que l’individu peut obtenir la satisfaction à laquelle il a justement droit, et ce n’est que dans ce sens que la communauté peut parvenir à son riche épanouissement. Car tout ce qui est réellement grand et évocateur est créé par l’individu qui peut travailler en liberté. La restriction n’est justifiée que pour autant qu’elle peut être rendue nécessaire pour la sécurité de l’existence. Il est une autre chose qui découle de cette conception : que nous devons non seulement tolérer des divergences entre les individus et les groupes, mais dans la réalité leur réserver un bon accueil et les considérer comme la nature à enrichir notre existence. C’est là l’essence de la véritable tolérance ; sans tolérance dans ce sens le plus large, il ne peut être question de véritable moralité.

 

(*) LETTRE DU DERNIER MESSAGE de A. EINSTEIN.

 

Publié dans le livre « Voyage autour de l’homme et au-delà » par Maurice Toesca paru dans les années 60. Ce message, constitue un avertissement posthume d’EINSTEIN aux politiques. Cet avertissement fut transmis par Lord RUSSEL, philosophe anglais, au maréchal BOULGARINE, au président EISENHOWER à M. René COTY dernier président de la IV République Française (1953-1959), à Sir ANTHONY premier ministre britannique (1955-1957) et à Mao TSE TOUNG.

Cette lettre a été publié dans le livre « Voyage autour de l’homme et au-delà » par Maurice Toesca en 1967, aux éditions Planète et republier dans le livre de Ahmed Khaouja « Quête de Sens »  publié en 2001.

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