dimanche , 1 août 2021
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La 5G, les phantasmes !
5G Network Internet Mobile Wireless Business concept.5G standard of modern signal transmission technology.

La 5G, les phantasmes !

Depuis bientôt un an, les réseaux sociaux se sont emparés de la crise sanitaire pour en faire leur sujet de prédilection. Ce sujet commence cependant à lasser, d’autant plus qu’on a l’impression que derrière chaque internaute se cache un médecin en puissance qui réfute ce que disent les uns ou approuve les dires des autres. Pour ne pas rajouter au débat suranné sur la pandémie, de très nombreux «intellectuels facebookiens», se sont appropriés la thématique de la 5G, un sujet très en vogue. Un de mes amis Telecom dit que c’est le sujet sexy du moment.

Depuis plusieurs mois je lis avec assiduité tous les écrits sur la 5G que je croise sur les réseaux sociaux. C’est désopilant, effarant ! Je me suis toujours retenu de commenter pour que l’ingénieur Telecom que je suis, n’apparaisse pas comme le sachant qui s’érige en donneur de leçon. Je m’impose cette dérobade, mais je me pose la question : ai-je le droit de laisser mes lecteurs en proie à ces intellectuels du net qui les brouillent sur la question alors que je peux leur apporter un meilleur éclairage tiré de ma formation originelle et de mon expérience professionnelle ? Ai-je un autre choix que de descendre dans l’arène ?

Nous n’avons pas encore débarqué de la peur du Coronavirus que certains veulent nous embarquer dans une autre peur, celle de la 5G. Autant ce qui touche la santé peut paraître comme source d’inquiétude naturelle, autant pour la 5G ça ne peut être que des phantasmes. Encore que les craintes qui accompagnent les innovations relèvent parfois du naturel aussi. Des craintes qui se dissipent avec la dissipation des mystères qui entourent généralement les innovations !

Dès le début de ma carrière, en 1970, mes camarades ingénieurs Télécoms et moi, étions souvent interpellés pour décrypter les «mystères» de chaque étape du prodigieux développement qu’a connu et que connaît notre secteur. Les premiers questionnements concernaient les faisceaux hertziens qui étaient réputés causé de graves lésions aux enfants. Aucune preuve n’a été apportée à ce jour à cette supposée dangerosité. Nous devions nous abstenir de ne pas parler des avantages techniques et financiers des faisceaux hertziens par rapport aux câbles pour ne pas nous voir accuser d’apprentis sorciers qui jouent la rentabilité au détriment de la santé.

Au fur et à mesure que les télécommunications réduisent la part du filaire pour se développer massivement dans celui des ondes, les mystères pour les profanes s’épaississent, et les appréhensions ou même les peurs ressurgissent. Le câble est rassurant car palpable, les fréquences elles, semblent relever de la magie. Alors que la magie suscite l’émerveillement, ici elle ne réveille que des craintes. On l’a vu, il y a plus de vingt ans avec les premiers déploiements des antennes GSM sur les toits des immeubles. Les campagnes hostiles n’ont jamais désarmé car, à intervalles réguliers on assiste à une plus grande densification du réseau d’antennes pour assoir successivement la 3G et la 4G. Le concept de base de la 5G reste le même, avec un meilleur maillage des relais et des gammes de fréquences plus élevées.

Personne n’a apporté la preuve formelle de la dangereté de la 5G. Rien qu’en France, l’Agence de Régulation des Télécommunications a réalisé des milliers de mesures sans pour autant arriver à détecter des cas dépassant les seuils convenus. Le «dépistage» se poursuit. Cette année, malgré la crise sanitaire, plus de 5 000 mesures ont été effectuées, et il est prévu d’en faire 20 000 pour l’année 2021.

Il faut apprécier cet effort et surtout ne pas courir derrière un résultat négatif même s’il faut, comme le proposent certains, abaisser les seuils de tolérance physiologiques.

Avec une telle logique, c’est tous les progrès humains qui doivent être remis en cause. Si on doit prendre un exemple, et ne s’en tenir qu’à la voiture, objet commun entre tous, j’aurais besoin de tout un livre pour sérier toutes les méfaits de la voiture sur l’Homme, cette superbe invention de…l’Homme.

Tout le monde ferme pudiquement les yeux sur les millions de victimes de la voiture. Je ne parle pas seulement des accidentés de la route, mais aussi de ceux victimes des émanations de gaz d’échappement, des particules fines. L’empreinte carbone de la voiture est juste monstrueuse. Pas seulement lors de sa fabrication, mais pour tous les processus connexes, comme amener le carburant du puit de pétrole à la station-service, mais aussi pour le bitumage de millions de kilomètres de routes qui abîment passablement l’environnement, jusqu’à l’habitat qui devient dangereux parfois, car aisément inondable.

On voit là que la voiture cause des dommages aussi bien à l’Homme qu’à la Nature. Ceci ne diminue en rien l’attachement que j’ai pour cette merveilleuse invention qui me permet de me mouvoir, de voyager, de découvrir, bref de réaliser tant choses qui auraient fait rêver mes parents et plus mes grands-parents. Je ne joindrai jamais ma voix à la nouvelle mode du dénigrement du progrès technique, car je pars du principe qu’il n’existe pas et qu’il n’existera jamais d’innovation avec un risque zéro.

Ma digression sur la voiture est juste un détour pour assoir l’idée comme quoi la 5G ne risquerait pas d’être plus dangereuse que ne l’a été ou que ne l’est la voiture. J’aurais pu multiplier les exemples de nos peurs face à l’innovation : l’aviation, l’agriculture, le médicament etc… J’ai lu récemment des choses désopilantes sur les énergies renouvelables, notamment les éoliennes accusées de tous les maux : elles sont bruyantes, assèchent les terres environnantes, chassent les oiseaux, défigurent les paysages.

Attention à vouloir dresser les bénéfices de solutions innovantes, car on ne vous écoutera pas. Vos arguments seront perçus comme une tentative d’atténuer les peurs engendrées par l’innovation.

Faire le bilan des pour et contre d’une nouveauté suppose une bonne connaissance des concepts qui ont conduit à sa mise au point. Ce n’est pas toujours le cas. Alors au lieu de s’échiner à faire des bilans avantages-inconvénients, pourquoi ne pas inviter tous les publics à se contenter de garder en tête qu’il ne peut jamais y avoir d’innovation à risque nul ?

(*)  Abdelahad Idrissi Kaitouni, ingénieur Télécom.

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