dimanche , 25 septembre 2022
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De l’Humus à l’ISS

De l’Humus à l’ISS

Par Khaouja Ata-Ilah

De quoi s’agit-il ?

Dans un domaine comme les télécoms, par exemple, impossible de produire du signal sans engendrer un bruit résiduel appelé parasite. Et probablement, il n’y aurait pas eu de message sans ce bruit de fond, sans ce déchet acoustique.

Et si nous généralisions le cas de télécoms : tout ce que nous entreprenons, nous ne le façonnons et nous ne l’élaborons qu’en émettant simultanément des déchets. Et même quand il nous arrive de négliger nos résidus, appelés parfois émissions, ils nous retombent sur la tête sous forme de phénomènes difficilement contrôlables, à conséquences dramatiques. Ainsi, l’effet de serre provoque, par l’action des rayons ultraviolets, des pathologies respiratoires, des cancers et bien d’autres dégâts encore…

Cette attention toute particulière donnée aux résidus étonnerait peut-être, mais elle revêt de l’importance et de la gravité pour tous les êtres vivants : de la molécule à l’organisme, de l’individu à l’espèce, de la maison à la planète terrestre… nous sommes des êtres qui vivons parce que nous produisons continuellement des déchets

Dès l’Origine ; hypothèse récréative

D’après les récits monothéistes, après avoir mangé complètement ou juste dégusté partiellement le délicieux fruit, Eve et Adam auraient cherché, certainement, où jeter les pépins et les épluchures.

Or la beauté et la pureté du paradis, ne tolérant ni saleté ni débris, ont contraint notre couple originel à chercher ailleurs, dans les alentours, une déchèterie intelligente et connectée : un réceptacle qui recevrait les déchets, les stocke un moment, les traite et les renvoie ou les recycle sous forme de ressources à nouveau réutilisables. Ainsi, Eve et Adam quittent, malgré eux, le paradis à la recherche d’une corbeille où déposer leurs déchets, et observent, au loin, un ballon qu’ils saisissent au vol : la Terre. N’est-ce pas là le véritable sens du mot humus qui est à l’origine du mot Homme !

En effet, l’homme a pris son nom de cet amas d’argile et de terre, de cet humus qui signifie la terre et, en même temps, le déchet organique que la terre, par compostage, réutilise indéfiniment. C’est tellement vrai qu’on serait tenté par définir l’homme comme homo vastum : l’homme associé à ses déchets ou bien l’homme qui ne peut vivre sans produire des déchets.

Dès la naissance : seconde origine

Par un mime parfait de l’expérience originelle, le nouveau-né quitte le paradis utérin, respire à peine deux coups, et voilà que ses déchets sont considérés avec un intérêt capital : avant les différents examens physiques et physiologiques : apparence, pouls, grimaces, activité, respiration… Avant même quelques analyses sanguines… Avant toute chose, d’abord ses déchets…

Alors, commence les analyses biochimiques où on récupère ses urines qu’on envoie au laboratoire pour les scruter et pour y détecter d’éventuelles maladies du métabolisme… Et la moindre anomalie est prise au sérieux, le moindre écart est considéré avec attention et il devient vite alarmant…

Tout se passe comme si le reste de sa vie dépendra du verdict du laboratoire, ou bien, comme si nous ne devions le reste de nos vies qu’aux premiers instants qui, eux, dépendent de l’analyse de nos déchets. Autrement dit, nous survivrions grâce à ce que font montrer nos déchets qui, dès les premières minutes de nos naissances, se révèlent plus qu’importants : ils dévoilent des pathologies éventuelles à soigner pour ne pas en souffrir et pour mener, par conséquent, une vie en bonne santé…

Dès la molécule, une autre origine ; apoptose

Par un processus bien connu, appelé apoptose, qui s’opère au plus profond des corps vivants, bébés ou adultes, les cellules meurent de manière programmée et se transforment en détritus avant d’être rejetés exactement comme s’éliminent les épluchures. Sans cette apoptose donc, nos organismes cèderaient en un jour sous le poids de cellules devenues trop tuméfiées et déclencheraient des pathologies incurables. En effet, cette manière astucieuse de laisser les cellules mourir en produisant, en conséquence, des ordures évacuables, permet à l’organisme vivant de nous protéger contre toutes sortes de tumeurs et de nous préserver face aux différents cancers : nous vivons grâce à nos déchets !

Et c’est grâce toujours à cette apoptose que le fœtus assure sa maturité et devient d’abord bébé puis, plus tard, adulte. Par exemple, c’est au moyen de production de ces résidus cellulaires que la main cesse d’être palmée et, par conséquent, en évacuant la matière occupant les espaces entre les doigts que l’index, le majeur… et le pouce font leur apparition.

Et cette production de déchet, à ce niveau, est si révolutionnaire et tant féconde que nous lui devons tout : c’est l’émergence des doigts, du coup, c’est grâce à l’index, au pouce…et au majeur, n’est-ce pas, que nous avions, un jour, saisi un calame ou un crayon et que nous avions appris à écrire avec merveille notre aventure ? C’est ce génial index différentié par la faveur de l’apoptose, n’est-ce pas, qui nous a montré au loin le fabuleux chemin que nous avions emprunté un beau matin immémorial ? Sacrés déchets : sans eux, aucune culture humaine n’aurait émergé !

 Autrement et mieux dit : s’il n’y avait pas cette apoptose, transformant la main « palmipède » en une digitale, à cinq doigts, l’humanité n’aurait jamais déposé jouets sur la planète Mars, ni réussi à viser les infinis spatiaux situés à des millions de km d’ici à l’aide du télescope James Webb… ni fabriqué avions ni envoyé ISS s’agiter autour de la Terre… Nous devons tout aux déchets qui ont permis index, pouce, majeur… et bien autres choses.

L’avion, l’ISS ou la Terre : même combat

Autre chose comme l’avion par exemple. Pour ancrer l’importance de la cohésion des équipes, on enseigne en management, qu’un avion dont les toilettes sont bouchées reste cloué au sol : le pilote n’a pas le droit de décoller ! Ce qui prouve, une fois de plus, l’importance des déchets : une fois les mesures de sécurité respectées, les formalités douanières et policières observées, les détails mécaniques et énergétiques réglés à la virgule près… c’est la destination de nos propres (!) déchets qui décide ou non du décollage : propres de propriété et non de propreté.

D’ailleurs, la littérature aérienne foisonne d’incidents relatant des avions ayant écourté leurs vols, d’autres qui ont exigé des escales non programmées, ou encore, plusieurs autres qui ont reporté leurs décollages à cause justement des lavabos défectueux. Des lavabos vicieux qui vont entraîner aux compagnies des conséquences financières colossales et qui vont avoir des incidences humaines sérieuses…

Et parler des lavabos est un des sujets les plus sérieux au monde car, s’il décide du mouvement des avions, il fait surtout rêver à l’échelle planétaire à l’image de l’appel d’offre lancé par l’ISS. En effet, la Station Spatiale Internationale avait lancé un concours mondial pour imaginer les futures toilettes spatiales de sa mission Artémis. Les projets proposés devaient être des WC utilisables à la fois en microgravité et en gravité lunaire… Bref, depuis octobre 2020, l’ISS s’est équipée en toilettes à 23 millions de dollars, s’il vous plait ! De quoi construire de nombreux hôpitaux ou quantité d’écoles, éradiquer des famines à travers le globe… Ce qui démontre enfin que les toilettes sont à prendre au plus grand sérieux.

Pour finir

Même nos ordinateurs et nos smartphones ne peuvent se passer des poubelles destinées à soulager tous ces appareils capables de stockages. Nos appareils photos et nos smartphones, par exemple, seraient inconcevables ou bien inutilisables s’il n’y avait pas la possibilité de « supprimer » c’est-à-dire d’envoyer à la corbeille nos détritus numériques ou bien de renvoyer à la poubelle nos épluchures et ratages informatiques…

Enfin, sans ce vide-ordure où nous déposons tous nos fichiers-détritus ratés et nos dossiers-épluchures manqués, nos portables, téléphones ou ordinateurs, deviendraient rapidement saturés et gavés et par conséquent inutilisables. Et notre révolution numérique, à son tour, doit tout à ses déchets.

Par Khaouja Ata-Ilah

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