vendredi , 12 juillet 2024
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Entretien avec Monsieur DRISSI MELYANI Mohammed Directeur Général de l’ADD

Entretien avec Monsieur DRISSI MELYANI Mohammed Directeur Général de l’ADD

  1. Récemment en marge du GITEX Africa ayant lieu à Marrakech du 31 mai au 2 juin 2023 vous êtes élu Président du Conseil des Agences Africaines des technologies de l’information (CAITA). Comment vous voyez votre travail par rapport à cette mission au cours des deux ans à venir? 

En effet, J’ai eu l’honneur de représenter le Royaume du Maroc dans les travaux de la réunion constitutive du Conseil des Agences Africaines des Technologies de l’Information (CAITA) relevant de l’Alliance Smart Africa. Au cours de cette réunion notre pays a été élu à l’unanimité, en ma personne, Président de ce conseil et ce, pour un mandat de deux ans.

Cette élection s’est tenue en marge de la première édition du GITEX Africa organisée à Marrakech, sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI Que Dieu L’Assiste, du 31 Mai au 02 Juin 2023.

La présidence du Maroc de ce Conseil vient à point nommé confirmer le rôle primordial que joue notre pays en faveur de la consolidation et du renforcement de la coopération Sud-Sud et de son engagement pour promouvoir les atouts et potentialités du continent africain ainsi que sa compétitivité à l’échelle internationale.

Il convient de souligner que le CAITA a pour principal objectif de promouvoir la collaboration et la coopération dans le domaine du digital et des technologies de l’information sur le continent africain. Il sert de plateforme aux agences de développement du digital des États membres pour partager les expériences et les connaissances, ainsi que les ressources et les meilleures pratiques en matière de transformation et développement digital, en vue d’assurer une véritable évolution technologique en Afrique.

La mission confiée à l’ADD, en tant que président du Conseil, portera essentiellement sur les axes ci-après :

  • Le renforcement du cadre juridique et normatif du digital au niveau africain ;

  • Le renforcement des infrastructures numériques ;

  • Le développement des compétences et du capital humain pour répondre aux besoins croissants dans le domaine du digital ;

  • La promotion de l’entreprenariat et de l’innovation ;

  • Le renforcement de l’inclusion digitale en faveur des populations africaines.

  1. Compte tenu de l’expérience de l’ADD qui existe depuis 2017 quels sont les erreurs à éviter pour une bonne transformation digitale dans un pays donné de notre continent ?  

L’Agence de Développement du Digital au Maroc a acquis une forte expérience dans le domaine de la transformation digitale. Néanmoins, plusieurs facteurs sont à prendre en considération pour garantir une meilleure transition numérique dans un écosystème donné.  Je peux citer à titre indicatif quelques aspects notamment :

  • L’importance de la sensibilisation et de la formation. A cet égard, La transformation digitale implique souvent un changement de culture et de mentalité (Mindset), d’où la nécessité d’adopter une approche participative avec l’ensemble des parties prenantes et de les initier et former aux nouvelles technologies et aux processus innovants.

  • La contextualisation des spécificités locales lors de l’élaboration et le déploiement des stratégies du digital. Dans ce sens, Les pays africains ont des environnements économiques, politiques, sociaux et culturels différents, il est donc important de tenir compte de ces spécificités et de veiller à ce que les approches méthodologiques soient bien réfléchies et convenablement appliquées sur le terrain.

  • L’intelligence communautaire. Les projets de transformation digitale nécessitent souvent la collaboration entre le secteur public et privé, les universités, les ONG, les associations locales et les communautés. Il est nécessaire voire impératif d’impliquer les parties prenantes locales dès le lancement de tout processus afin d’atteindre collectivement les objectifs escomptés.

  • La Planification budgétaire La transformation digitale peut être coûteuse et nécessite souvent des investissements importants en termes de ressources humaines, de technologies et d’infrastructures. Pour cela, prévoir un budget suffisant constitue incontestablement un facteur clé pour assurer un meilleur accompagnement d’une transformation digitale.

  • La cybersécurité et la protection des données. La transformation digitale peut impliquer la collecte, le stockage et le traitement de données sensibles. Par conséquent, Il est important d’entreprendre des mesures nécessaires de sécurité et de protection des données pour éviter les risques de cyberattaques et de violations de la vie privée et adopter à cet effet des approches « privacy by design » et « secure by design » dans tout processus de transformation digitale.

  • Le modèle de gouvernance clair : la réussite du développement du digital au niveau national requiert l’action coordonnée de tous les acteurs publics. Le modèle de gouvernance doit intégrer l’ensemble des acteurs de l’écosystème digital et permettre d’identifier et de clarifier les missions et compétences de chaque acteur public impliqué dans le plan de mise en œuvre, ainsi que de répartir les rôles et responsabilités entre les différents acteurs. Ce modèle devra également intégrer un cadre de gouvernance de données pour encourager les analyses et les innovations basées sur l’exploitation des données (Open Data et Big Data).

  • L’approche participative : pour assurer le développement du digital efficient et efficace, il sera nécessaire d’intégrer une perspective sectorielle et régionale, en intégrant une perspective participative et centrée sur l’usager.

  1. Quels sont les facteurs pouvant contribuer à une bonne transformation numérique d’un pays donné ?

Véritable levier de transformation et d’accélération, la digitalisation favorise l’amélioration de la qualité des interactions entre citoyens et administrations, l’augmentation de la productivité et de la compétitivité de l’économie en plus de sa contribution à la réduction des inégalités sociales et spatiales.

Dans ce sens, et afin de contribuer au développement du digital d’un pays plusieurs facteurs clés sont considérés, à savoir :

  • Mise en place d’un cadre réglementaire favorable en vue d’encourager l’investissement dans les technologies numériques, faciliter l’innovation, protéger la confidentialité des données et favoriser la concurrence équitable sur le marché numérique ;

  • Renforcement de l’infrastructure de télécommunication à travers une large couverture Internet à haut débit, des réseaux mobiles performants et une connectivité fiable ;

  • Affermissement des actions portant investissement dans la recherche et le développement dans les domaines des technologies de l’information et de la communication (TIC) à l’effet de favoriser l’émergence de nouvelles solutions, de produits et de services numériques innovants, stimulant ainsi le développement du digital ;

  • Renforcement de la confiance numérique et de la sécurité : La confiance des utilisateurs dans les services numériques est essentielle. Les gouvernements doivent promouvoir la confiance en renforçant la sécurité des données, en luttant contre la cybercriminalité et en adoptant des réglementations appropriées ;

  • Mise en œuvre d’actions sur l’éducation et la formation : Il est important d’investir dans ce secteur en mettant l’accent sur les domaines de la technologie et de l’innovation pour soutenir le développement du digital ;

  • Mise en place de partenariats entre le secteur public et privé pour favoriser l’instauration de politiques et de projets numériques pour faciliter l’innovation et garantir une utilisation efficace des ressources ;

  • Sensibilisation et inclusion numérique : Des efforts doivent être déployés pour sensibiliser et inclure tous les segments de la société à la transformation digitale, en réduisant la fracture numérique et en garantissant l’accès équitable aux technologies et aux services numériques ;

  • Promotion de l’entrepreneuriat et de l’innovation : Encourager l’entrepreneuriat et l’innovation dans le domaine des technologies numériques stimule la création d’entreprises innovantes, favorise l’émergence de startups et encourage l’écosystème numérique dans le pays.

  1. Quel est justement le rôle d’une Agence Numérique comme l’ADD pour réussir cette transformation numérique au Maroc ?

Une Agence dédiée au développement du digital, devrait assurer à mon sens 3 rôles majeurs, à savoir :

  • Fédérateur de l’écosystème digital ;

  • Accélérateur de projets pour les administrations publiques ;

  • Acteur de l’inclusion digitale et moteur de la promotion et de la sensibilisation autour du digital.

Aussi, un ensemble de missions peuvent être assignées à toute agence en charge du développement du digital en vue de contribuer à la concrétisation de toute vision stratégique dédiée :

  • Mise en œuvre de la stratégie de transformation digitale du pays moyennant un plan d’actions définissant des objectifs à court, moyen et long terme.

  • Coordination des projets numériques : en fédérant les différentes composantes de l’écosystème digital relevant des secteurs public et privé et de l’univers académique et le monde associatif. L’Agence devrait faciliter la collaboration entre ces acteurs afin de mettre en œuvre efficacement des projets numériques à grande échelle ;

  • Promotion de l’innovation numérique : l’agence est tenue d’encourager l’innovation dans le domaine numérique en soutenant les startups, les initiatives entrepreneuriales et les projets de recherche et développement. L’agence identifiera les domaines clés où l’innovation est nécessaire et facilite la création d’un écosystème favorable à l’innovation ;

  • Renforcement des compétences dans la transformation du digital : il est essentiel de disposer de vivier de talents qualifiés. L’agence joue un rôle clé dans le renforcement des compétences numériques en favorisant le volet de la formation et le développement des compétences dans le domaine du numérique. Ce défi peut être relevé via de programmes spécifiques de formation, d’octroi de bourses d’études, et des partenariats conclus avec les établissements d’enseignement ;

  • Facilitation de l’accès aux technologies numériques : L’agence devrait veiller à rendre les technologies numériques accessibles à tous les citoyens, en particulier dans les zones rurales ou moins développées, et ce à travers le déploiement de l’infrastructure de connectivité, la promotion de l’accès à internet, l’élaboration de politiques d’inclusion numérique et la sensibilisation aux avantages des technologies numériques ;

  • Sécurité et confidentialité des données : Dans le cadre de la transformation numérique, la sécurité et la confidentialité des données sont des aspects cruciaux. L’agence doit s’associer aux acteurs concernés pour travailler sur l’élaboration et le déploiement des actions visant à protéger les données personnelles et à garantir la sécurité des infrastructures numériques.

  1. Quels sont les principaux défis pour rendre opérationnelle la transformation digitale dans le secteur public au Maroc ?

Dans le but de promouvoir le développement digital et durable dans le secteur public, il est essentiel de créer un environnement favorable à ce développement. Pour ce, il est primordial de prendre en considération les défis suivants à relever :

  • Culture organisationnelle : Le secteur public est souvent caractérisé par des cultures organisationnelles traditionnelles et des structures hiérarchiques, ce qui peut rendre difficile l’adaptation aux changements numériques. La résistance au changement et le manque de volonté de remettre en question les processus existants peuvent constituer des obstacles à la transformation digitale ;

  • Gestion du changement : La mise en œuvre d’une transformation digitale exige un changement organisationnel significatif. La gestion efficace du changement implique de communiquer clairement les objectifs de la transformation, d’impliquer les parties prenantes à tous les niveaux et de fournir une formation et un soutien adéquats pour faciliter la transition ;

  • Compétences et capacités : La transformation digitale nécessite des compétences et des capacités spécifiques. Cela peut inclure des compétences techniques pour mettre en œuvre et gérer les technologies numériques, ainsi que des compétences en matière d’analyse de données, de gestion de projet et de pensée stratégique. Le secteur public peut être confronté à des lacunes en matière de compétences numériques, ce qui nécessite des efforts pour renforcer les capacités des fonctionnaires ;

  • Sécurité et confidentialité des données : Le secteur public gère souvent des données sensibles et confidentielles, ce qui soulève des préoccupations en matière de sécurité et de protection de la vie privée. La transformation digitale exige une gestion rigoureuse de la sécurité des données, y compris des protocoles de sécurité solides, et une conformité aux réglementations sur la protection et la sécurité des données ;

  • Interopérabilité et intégration des systèmes : Le secteur public utilise souvent de multiples systèmes et plateformes, ce qui peut rendre complexe l’intégration des technologies numériques. Assurer l’interopérabilité entre les systèmes existants et les nouvelles solutions numériques est crucial pour permettre un échange fluide de données et une coordination efficace entre les différentes entités gouvernementales.

  1. Le Maroc s’est doté d’une stratégie numérique à l’horizon 2025. Pouvez-vous nous parler brièvement des principaux axes de cette stratégie numérique ?

L’ADD a élaboré en 2020 une Note d’Orientations Générales pour le développement du digital à l’horizon 2025 au Maroc. Cette note adoptée par le Conseil d’Administration de l’ADD, sous la présidence de Monsieur le Chef du Gouvernement, vise principalement à définir, dans le cadre d’une approche participative, une vision claire, objective et intégrée pour le développement du secteur.

Elle s’articule autour de 3 principaux piliers :

  • L’amélioration de la qualité des interactions entre les usagers (citoyens, entreprises) et l’administration ;

  • L’amélioration de la productivité et de la compétitivité de l’économie marocaine ;

  • La réduction des inégalités sociales.

Les travaux conduits par l’ADD ont permis de relever les obstacles rencontrés lors de la mise en œuvre des stratégies précédentes, et de proposer en conséquence, les orientations générales pour le développement du digital. Ces travaux ont pris en compte les tendances et évolutions internationales en la matière ainsi que les exigences de développement du digital pour formuler ensuite des orientations stratégiques à horizon 2025, qui visent les objectifs suivants :

  • Transformer les interactions avec l’administration publique, via la digitalisation de bout en bout des parcours citoyen/entreprise prioritaires, permettant d’améliorer la satisfaction des citoyens et des entreprises vis-à-vis des services rendus par l’administration dans ce cadre, avec comme objectif un taux de satisfaction de plus de 85% ;

  • Eriger le Maroc en tant que Hub Digital & Technologique de référence au niveau Africain, avec notamment une évolution significative dans le classement Online Service Index des Nations Unies (objectif de faire partie du top 3 en Afrique et d’être parmi les 40 premiers au niveau global) ; et l’installation de plus de 2 500 startups;

  • Mettre le digital au service d’une société plus inclusive et égalitaire avec la réduction de la fracture numérique, la formation d’une nouvelle génération de 50 000 jeunes talents employables et le développement d’initiatives spécifiques dans les secteurs tels que l’Education, la Santé, l’Agriculture et l’Artisanat.

Afin d’atteindre ces objectifs, et en vue d’assurer une transformation digitale réussie, les axes suivants ont été retenus :

  • Transformation digitale de l’administration marocaine ;

  • Développement accéléré de l’économie digitale au Maroc ;

  • Inclusion sociale et développement humain ;

  • Mise en place de l’environnement nécessaire.

  1. La transformation numérique se base sur plusieurs piliers notamment : Le cloud et L’Open Data. Où en est-on au Maroc par rapport à ces piliers ?

Conscient du rôle primordial du digital dans le développement socio-économique, le Maroc a entrepris bon nombre d’actions et d’initiatives d’ordre institutionnelles, juridiques, techniques et de formation/ sensibilisation.

L’objectif de ces initiatives est de mettre en phase l’économie émergente et la compétitivité du Maroc avec les nouveaux métiers de demain résolument tournés vers le digital et l’innovation e-Gov, e-santé, Open Data, e-learning, Infrastructure digitale/Cloud computing, etc.

  1. Open Data :

Différentes actions ont été lancées par les acteurs concernés dans l’Open Data, indispensables pour garantir l’émergence d’un écosystème digital dédié, et assurer progressivement son développement. En effet, la libération des données publiques est porteuse de beaucoup d’opportunités aux niveaux politique, économique, social et culturel. Elle s’inscrit dans la continuité des efforts consentis par le Maroc en matière de transparence politique et administrative, de renforcement de la participation des citoyens, de soutien à l’évolution numérique, et de recherche de voies de croissance économique et de création d’emplois.

Ces données constituent un patrimoine immatériel qui peut être mis en valeur pour les différents utilisateurs :

  • Les chercheurs qui peuvent y trouver matière à nourrir leurs travaux et expériences ;

  • Les développeurs qui peuvent créer des services innovants utilisant ces données ;

  • Les citoyens et journalistes qui y trouvent des informations brutes ;

  • Les entreprises qui peuvent fournir une valeur ajoutée à ces données, et ainsi créer de l’emploi et de la richesse.

Dans ce contexte, et en vue de promouvoir les données publiques (Open Data) et maximiser leur impact à l’échelle nationale, l’Agence de Développement du Digital a inscrit dans son plan d’actions, le chantier Open Data visant à garantir l’émergence d’un écosystème Open Data et assurer son développement en vue de faire bénéficier à la fois l’administration, l’entreprise et le citoyen des retombées positives y afférentes.

Ce chantier s’inscrit également dans le cadre de l’exécution des engagements du Maroc en matière de Gouvernement Ouvert, notamment l’engagement relatif au renforcement de la publication et la réutilisation des données ouvertes, dont la mise en œuvre est coordonnée par l’ADD.

Cet ambitieux chantier, en cours de mise en œuvre par l’Agence de Développement du Digital, sous la supervision du Comité de Pilotage national institué à cet effet, a pour but principal :

  • Contribuer au renforcement de la transparence et l’ouverture au niveau des différents organismes et institutions concernés ;

  • Faciliter l’accès aux données publiques par les citoyens et les entreprises ;

  • Proposer de nouvelles ressources pour l’innovation économique et sociale et créer de la valeur économique pour les entreprises.

Dans le cadre de la mise en œuvre de ce chantier, l’ADD a réalisé en 2020, en partenariat avec la Banque Mondiale, et en concertation avec les différents acteurs concernés, une étude portant sur le développement de l’Open data (Open Data Readiness Assessment), visant à élaborer un plan d’actions pour maximiser l’impact de ces données dans notre pays.

Cette étude a été couronnée par une série de recommandations ayant permis de mettre en place un plan d’actions à même de fournir les conditions requises capables de relever les différents enjeux d’avenir en matière d’Open data.

Ce plan d’actions s’articule autour d’une cinquantaine d’actions regroupées dans 4 volets : juridique et réglementaire ; technique et processus ; organisationnel et gouvernance ; usage et réutilisation des données.

Dans le cadre de la mise en œuvre des actions (à court terme) de ce plan d’action, plusieurs actions ont été réalisées dont notamment :

  • La mise en place des groupes de travail thématiques (référentiels des données, standards techniques, inventaire et communication, sensibilisation et formation) chargés de mettre en œuvre un ensemble d’activités essentielles pour relever les différents enjeux et défis liés à l’Open Data au niveau national.

  • La désignation d’une centaine de Responsables Open Data (ROD) et Gestionnaires de données (GdD) au niveau des organismes et institutions publics concernés, dont les principales missions sont respectivement la coordination des activités de gestion et publication des données sur le portail Open Data ou les portails sectoriels et le traitement et la préparation des données avant publication sous format ouvert.

  • L’organisation de plusieurs ateliers de sensibilisation et de formation autour des données ouvertes au profit respectivement des hauts responsables et des agents opérationnels des organismes et institutions publics au niveau central et régional. A date, on compte plus de 1100 bénéficiaires et deux régions concernées. Ces ateliers visent à (i) promouvoir les concepts et opportunités offertes par l’Open Data ; (ii) présenter des politiques et bonnes pratiques internationales en la matière ; et (iii) sensibiliser les responsables concernés autour des principes à mettre en œuvre et à véhiculer pour promouvoir l’Open Data.

  • Lancement, en décembre 2021, de la nouvelle version du Portail national de l’Open Data (data.gov.ma) qui donne accès à des données produites par plusieurs organismes publics, en utilisant, autant que possible, des formats ouverts, standards et documentés pour faciliter l’exploitation et la réutilisation des données. Ce portail, disponible en versions arabe et française, vise à atteindre plusieurs objectifs notamment l’amélioration de l’expérience utilisateur sur le portail ; le développement du portail en tant que point d’entrée vers des données ouvertes publiées à l’échelle nationale ; l’augmentation du nombre de réutilisation des données publiques et la mise en place de nouvelles ressources pour l’innovation économique et sociale.

Depuis son lancement, la nouvelle version du portail a connu une réelle augmentation du nombre de jeux de données publiés (200%) et une adhésion importante des organismes et institutions publics producteurs de données (125%).

Sur le même registre, et après évaluation du niveau de qualité des données et des métadonnées produites par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) et publiées sur son site web institutionnel, l’Observatoire des Données Ouvertes (Open Data Watch) a classé, au titre de l’année 2022, le Maroc à la 1ère place en Afrique et la 25ème place au niveau mondial sur 193 pays en matière d’Indice des Données Ouvertes (ODIN) en nette amélioration par rapport à l’année 2021 où il était classé 41ème  sur 178 pays. Le Maroc a réalisé le 7ème score en matière de «Couverture», et ce, sur la base du niveau de couverture sectorielle, thématique et territoriale des statistiques produites et publiées par le HCP.

  1. Le Cloud :

Le Cloud joue un rôle clé dans la transformation numérique. En fait, la flexibilité du Cloud permet aux entreprises de s’adapter rapidement aux évolutions du marché, tandis que sa scalabilité leur permet de répondre à leurs besoins en constante croissance. De plus, l’accessibilité aux ressources informatiques sans investissements massifs préalables constitue un atout majeur pour les entreprises. La réduction des coûts opérationnels est un autre avantage considérable offert par le Cloud.

Les infrastructures Cloud se développent sur le territoire marocain. Les acteurs locaux, ont investi dans la construction de centres de données de pointe, offrant à l’écosystème marocain une diversité de choix en matière de fournisseurs et de services Cloud. Ces infrastructures bénéficient de normes de sécurité élevées, garantissant la confidentialité des données et la protection des informations sensibles.

Par ailleurs, il y a lieu de préciser que l’adoption du Cloud ne se limite pas seulement à l’infrastructure. En effet et afin d’assurer une transition inclusive et efficiente numérique du pays, il est impérativement nécessaire d’impliquer tous les acteurs de l’écosystème digital, pour mettre en place un plan d’action consistant à développer un nouvel écosystème industriel au Maroc, créateur de valeur pour le pays, autour des métiers liés aux Data Centers (infrastructures de stockage de données) et au Cloud (services informatiques accessibles à travers Internet). Ceci permettra à notre pays de tirer profit de tout le potentiel et toute la valeur que peut lui apporter la nouvelle révolution numérique, et d’autre part, de répondre aux recommandations du rapport du nouveau modèle de développement qui a placé le numérique comme un levier de changement et l’a érigé comme un chantier transformateur de grande ampleur.

Le choix du Cloud n’est inéluctablement  plus une option, et des pays risquent de perdre l’accès à des services indispensables dans la vie quotidienne et professionnelle comme la messagerie électronique (exemple : la messagerie de Microsoft 365) ; s’ajoutant à cela les exigences des Hyperscalers qui ne s’installent que dans les pays répondant à leurs critères relatifs à un seuil déterminé de la taille du marché,  avoir un environnement réglementaire lié à la donnée favorable ainsi qu’un accès compétitif et fiable à l’énergie verte comme à la connectivité numérique.

Ainsi, au niveau international, la majorité des pays tentent à définir leurs propres stratégies Cloud gouvernementales. D’où l’urgence et la nécessité de mettre en place un plan d’actions de déploiement d’un Cloud national et le développement d’une filière Cloud connexe.

  1. Après 4 ans d’activité, pourriez-vous nous présenter les principales réalisations de l’ADD ?

L’Agence de Développement du Digital s’est engagée depuis sa création à fédérer l’ensemble

des composantes de l’écosystème digital autour d’une vision ambitieuse qui a pour principale mission de faire du Digital un véritable levier de transformation numérique en faveur d’une Administration publique efficiente, d’une économie innovante et d’une société connectée et inclusive. A travers ses domaines d’intervention, l’ADD a fortement contribué à insuffler une nouvelle dynamique axée sur l’introduction des outils digitaux et à instaurer une nouvelle culture au sein des écosystèmes publics et privés et ce, à travers les actions suivantes :

Premier domaine d’intervention : Smart Gouvernement :

En vue d’accélérer la transformation digitale de l’Administration publique, l’Agence a initié un certain nombre de projets catalyseurs essentiels pour atteindre cet objectif. Elle a procédé au développement de la plateforme nationale d’interopérabilité GISRE permettant de garantir un échange sécurisé de données entre les organismes publics. Cette plateforme intègre à date les données de plus de 40 organismes en capitalisant sur 6 cas d’usage (le Registre Social Unifié, Massar, AMO, données juridiques des entreprises,…). Cette dernière représente la pierre angulaire du chantier de la digitalisation de l’Administration.

Aussi, l’Agence a mis en place au sein de l’ADD une Digital Factory au profit de l’écosystème, opérant en mode Agile, se veut une structure dédiée à l’innovation et de collaboration pour concevoir et développer des projets novateurs tels que Ziara, StartupHubMaroc et E-Himaya,…

Dans la même lancée l’ADD, a procédé à la conception et au déploiement de plusieurs applications et services mutualisés au profit des instances et organismes publics. Ces solutions ont permis la dématérialisation de certaines procédures administratives et d’en automatiser d’autres en optimisant ainsi le temps de traitement en plus des échanges physiques de documents et de courriers administratifs. Il s’agit notamment du Bureau d’Ordre Digital et du E-Parapheur (utilisés aujourd’hui par environ 2000 entités gouvernementales). S’ajoute à cela, les autres solutions numériques mutualisées tels que Télé Rendez-vous, Télé-inscription, Plateformes de réclamation, Chikaya, Mawiidi, etc.

Aussi, l’Agence a conçu et développé les modules techniques communs du Portail National de l’Administration «Idarati», créé par la loi n°55-19 relative à la simplification des procédures et formalités administratives.

Par ailleurs et dans le cadre de la conduite de changement et de l’instauration de la culture digitale, l’ADD a mené une série de cession de formation, de sensibilisation et d’accompagnement au profit des agents publics des utilisateurs des plateformes E-Gov. L’ultime objectif est de mieux simplifier et d’appréhender les concepts des outils digitaux et leur usage dans le cadre d’une numérisation efficaces des services publics rendus aux citoyens. A cet égard, l’ADD a organisé depuis Avril 2020 plus que 1000 formations avec un nombre moyen de participants qui dépasse 40 personnes par formation (40 000 fonctionnaires bénéficiares). Aussi, 150 responsables et acteurs de transformation digitale appartenant à plusieurs ministères, établissements publics et collectivités territoriales, ont bénéficiés d’une série de formation dans le but étant de partager les meilleures connaissances et bonnes pratiques techniques, organisationnelles et méthodologiques en vue d’assurer l’accompagnement approprié de ces institutions lors des différentes phases d’implémentation de leur transformation digitale.

Aussi l’ADD travaille en concertation avec les parties compétentes concernées à faire des propositions visant l’évolution du cadre réglementaire relatif au digital.

Deuxième domaine d’intervention : Ecosystème Digital et Innovation

En tant qu’orchestrateur et fédérateur de l’écosystème digital, l’Agence a mis en œuvre des projets catalytiques en faveur du tissu entrepreneurial. A ce sujet, l’ADD a lancé pour les PME, la plateforme nationale Moukawala Raqmya www.moukawalaraqmya.gov.ma visant l’évaluation de leur maturité digitale, la plateforme www.startuphubmaroc.ma pour faciliter la mise en relation des startups avec les clients potentiels (plus de 253 startups référencées).

Aussi, elle contribue à l’amélioration de la compétitivité desdites startups grâce au label « Jeune Entreprise innovante » (+ de 360 startups labelisées) permettant aux porteurs de projets à forte connotation technologique de bénéficier d’une série de mesures d’appui.

Aussi, l’ADD œuvre activement pour le soutien de l’écosystème entrepreneurial innovant à travers la promotion du tissu économique des startups lors des événements nationaux et internationaux via l’organisation et l’animation de hackathons, de conférences et d’événements de grande envergure tels que le Salon International Gitex organisé à Marrakech du 31 Mai au 02 Juin 2023. Placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’Assiste, cette grande messe mondiale de l’innovation technologique a servi de plateforme d’affaires, de de mise en relation commerciale et de promotion de l’écosystème digital à l’échelle nationale et internationale, confirmant ainsi la position du Maroc en tant que hub digital continental et mondial

Il convient de signaler que ce salon s’est tenu sur une superficie de 45 000 m², et a enregistré la participation de plus de 900 exposants provenant de plus de 95 pays, 400 startups dont 100 marocaines.  Cette manifestation internationale a aussi connu la participation de 125 entités gouvernementales et la présence de 250 investisseurs. Pendant les trois jours de l’événement, plus de 30 000 visiteurs ont afflué sur le site pour profiter de l’espace d’exposition, des conférences, des ateliers et des sessions de networking.

Sur un autre registre, et s’agissant des actions portant sur l’innovation, notamment le volet de l’intelligence artificielle, l’Agence a lancé le programme « Al Khawarizmi » d’appui à la recherche appliquée dans les domaines de l’intelligence artificielle et du big data. Le programme Al Khawarizmi accompagne 45 projets de recherche appliquée en IA et big data à travers le financement mais aussi la formation et le coaching de la communauté de recherche de plus de 150 chercheurs et doctorants multidisciplinaires issus de 15 structures de recherche nationales publics et privés, dans des thématiques liées à la propriété intellectuelle et industrielle, l’entreprenariat et l’évaluation.

Troisième domaine d’intervention : Inclusion sociale et développement humain

L’Agence joue un rôle de moteur de la promotion et de la sensibilisation autour du digital à travers des actions ciblées parmi lesquelles :

  • L’initiative « Culture digitale/ protection des enfants en ligne », qui consiste à mettre en place, des actions de sensibilisation et de communication pour promouvoir la culture d’usage approprié du digital et protéger les enfants et jeunes des risques y afférent.

  • La contribution, dans le cadre de la stratégie nationale d’inclusion financière portée par Bank Al Maghrib, au développement du paiement mobile, à la promotion de l’usage de ce moyen de paiement qui contribue à l’inclusion digitale de la société.

  • Le lancement et le suivi de la plateforme nationale de l’open data « data.gov.ma » visant le renforcement de la publication et la réutilisation des données ouvertes, ainsi que la réalisation des opérations de sensibilisation auprès des responsables administratifs.

Quatrième domaine d’intervention : Environnement et confiance digitale

L’Agence de Développement du Digital contribue au développement d’un environnement facilitant la transformation digitale à travers notamment le développement des compétences numériques du grand public, des  collaborateurs de l’administration et ceux  des entreprises à travers notamment la mise en place de la plateforme de e-learning nationale « Academia Raqmya » (177 cours pour 22.093 apprenants à date) et à travers l’instauration du centre « IDC Morocco » qui contribue au développement des solutions de transfert de connaissances dans le domaine des technologies de Réalité Virtuelle (RV) et Réalité Augmentée (RA) pour divers programmes d’éducations académiques et de formation professionnelle afin de contribuer au développement des compétences nécessaires aux industries 4.0 et à l’expansion de l’économie digitale aussi bien au niveau national que régional.

L’ADD œuvre également à asseoir un cadre légal propice au développement du digital, et instaurer une infrastructure adéquate.

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