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Les télécommunications : du télégraphe de Chappe à l’ère numérique

La communauté des télécoms célèbre, au niveau international, au cours de l´année 2015, le 150ème anniversaire de la création de l’Union Internationale du Télégraphe, intervenue en 1865.

Cette institution est la plus ancienne organisation internationale créée, pour assurer la coordination des activités télégraphiques au niveau mondial. Elle a été créée avant même l’Organisation des Nations Unies (ONU).

Dénommée actuellement, «l’Union Internationale des Télécommunications(UIT) » depuis 1932, après le développement des autres réseaux télécoms. Elle se voit intégrée au sein de l’ONU en 1947.

Vers la fin de 1912, le Maroc adhère à la Convention Télégraphique de Saint Petersburg de 1875, telle que révisée à Lisbonne en 1908 et  adhère à la Convention Radiotélégraphique Internationale de Berlin, le 25 février 1911.

 La commémoration de cet évènement, nous donne l’occasion de rappeler l’évolution de la télégraphie au Maroc et les autres modes de télécommunications mis en service par la suite.

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antennes de la télégraphie sans fil de TAOURIT fin des années 30

Incroyable mais vrai, il y a, à peine 222 ans, la télécommunication n´existait pas. Il y avait uniquement les cavaliers ou les pigeons voyageurs pour faire aboutir à bon port l´équivalent de nos télégrammes de jadis et de nos sms ou de nos mails d´aujourd´hui. L´avènement, de la télégraphie au 18eme siècle, a été le moyen de communication qui a atténué relativement les distances et le temps et ce, pour la première fois dans l’Histoire de l´humanité.

En effet, La première expérience de télégraphe de Chappe a été réalisée entre Paris et Lille en 1793. Le système a été largement adopté par d’autres États européens, surtout, après qu’il fut utilisé, avec succès, par Napoléon pour asseoir sa gouvernance.

A partir de 1850, le réseau télégraphique filaire s´est bien développé, ce qui a favorisé l´apparition et le développement de la grande presse et l’avènement des agences de presse d’envergure comme l’AFP ou Reuters. Le télégraphe a évolué en quatre étapes : à partir de 1793, le télégraphe de Chappe, dès 1840 le télégraphe filaire, à compter de 1900 le télégraphe sans fil, suivi du télex en 1930.

Le Maroc, a exploité, depuis le 19ème siècle toutes les techniques de télégraphie en commençant par le télégraphe de Chappe jusqu’au télex qui fut abandonné définitivement en 2008.

Télégraphe aérien de Chappe de Figuig et de Tanger :

Le télégraphe de Chappe, qui a permis de transmettre l’information beaucoup plus rapidement qu’avec le courrier à cheval, a été inventé pendant la Révolution française par le français Claude Chappe en 1793.

Ce moyen de communication est un système fonctionnant sans électricité. C´est l´équivalent, en quelque sorte, de la bicyclette dans le domaine des transports. Ce télégraphe aérien ou optique utilisait des bras articulés placés en haut d’une tour et actionnés manuellement par un employé, dit guetteur, grâce à un système de poulies. Ces guetteurs,  dotés de jumelles,  lisaient les messages codés et les transmettaient d’une tour à l’autre jusqu’à la dernière tour où on  déchiffrait les messages, en se référant aux codes de Chappe.

Ce premier télégraphe permettait de transmettre des messages sur une longue distance par l’intermédiaire de relais situés sur des hauteurs et distants d’une dizaine de kilomètres.  Ce système avait, cependant, l’inconvénient de ne pas pouvoir être utilisé la nuit et quand les conditions climatiques ne garantissaient pas suffisamment  de visibilité. Le code de Chappe, inspiré des codes utilisés dans les échanges diplomatiques de l´époque, permettait d’accélérer la transmission et la garantie de la confidentialité.

En 1844, le réseau Chappe français comptait 540 stations et près de 5000 km de distance, reliant Paris à 30, villes françaises. Ce système fut utilisé au Maroc, par la France à la fin du XIXème siècle, entre autres, à Figuig et au début du 20eme siècle par l´Espagne, pour relier le  nord du Maroc au sud de l´Espagne. En installant ce système, dit optique, L’Espagne a exploité les failles du droit de l’époque car le monopole télégraphique, en vigueur naguère au Maroc, ne mentionnait pas ce système de Chappe.photo2

La France avait abandonné, au niveau de la métropole, l’usage du télégraphe de Chappe des 1855. En Europe, ce télégraphe tire sa révérence, officiellement, par une dernière dépêche émise la même année, qui annonçait la fin à la guerre de Crimée. Si, à l’époque, les cavaliers avaient besoin de cinq jours pour amener un courrier à l’époque d’Oran à Figuig, il fallait juste quatre heures pour transmettre un message entre les deux lieux par ce même procédé.

site de la télégraphie sans fil de TAOURIT DE 1985

La télégraphie filaire lancée à Tanger :

C’est vers 1832 que l’Américain Samuel Morse, mit au point le premier télégraphe électrique, composé de piles, d’un interrupteur, d’un électro-aimant et de fils. Cet inventeur conçut aussi le code dit de « Morse », très simple, combinant des signaux courts et longs.
Ce code permet la transcription, en une série de points et de traits, les lettres de l’alphabet, des chiffres et la ponctuation courante. Chaque point correspond à une impulsion brève et chaque trait à une impulsion longue. Le 20 juin 1840, un brevet a été accordé à Samuel Morse, pour l’invention du télégraphe électrique filaire.

La première ligne télégraphique filaire française, jusque-là réservée au gouvernement, a été mise à la disposition du public et inaugura la notion de « service public télécom » en 1851. La même année, un premier câble sous-marin relia la France et l’Angleterre par ce même système.  A la même année, la France possédait plus de 28.000 km de lignes et 1022 bureaux. En 1890, ce pays comptait 10000 abonnés, en 1908 environ 182000 contre 838 000 en Allemagne et 574000 en Grande Bretagne.

Au Maroc, Jusqu’en 1908, Tanger a été la seule ville à être dotée de communications de télégraphie filaire. Trois câbles sous-marins, un anglais, un espagnol et un français permettaient de réaliser ces communications avec le monde entier. en 1913, le réseau télégraphique   marocain était bien tracé. Tous les ports du Maroc étaient reliés par un câble. Marrakech était reliée à Casablanca. Fès et Meknès étaient reliées à Rabat. Au 30 septembre 1923, 18 bureaux télégraphiques étaient ouverts au public marocain. En 1936, ce chiffre fut porté à 175 bureaux, pour un réseau de 5500 kilomètres et le central télégraphique de Casablanca était relié par câble sous-marin avec la France, via Brest, et avec Dakar par le câble sous-marin Casablanca Dakar. La ville d’Oujda contrôlait le trafic télégraphique avec l’Algérie et la Tunisie. Casablanca était aussi reliée à la France, via le câble Oran Marseille.

La télégraphie s’est largement développée au Maroc, plus que partout ailleurs. Elle a beaucoup aidé à l’épanouissement de l’économie marocaine à l’époque. Elle a supplée, dans une large mesure, à l’insuffisance des routes et aux autres infrastructures. A titre d´exemple, le trafic télégraphique généré par les journaux marocains en émission et en réception avec l’international, a été de 19.159.091 de mots en 1935.

 Les premières transmissions sans fil (TSF) au Maroc à Casa et à Taourirt

L’italien Guglielmo Marconi établit, en 1895, la première liaison TSF, d’une portée de plus de 2 kilomètres. A partir du 21 janvier 1904, la Tour Eiffel fut officiellement utilisée avec succès comme station de TSF et ce, grâce au travail de M. Gustave Ferrié. Evénement qui a satisfait Gustave Eiffel, auquel il participa financièrement, car autrement, la tour devait être démontée en cas d’échec de la station. En 1907, toujours sous l’impulsion de Ferrié, la TSF démontra son utilité en temps de guerre au Maroc. En effet, la France était appelée à utiliser la TSF pour la première fois dans notre pays après les incidents qui se sont produits à Marrakech et à Casablanca en 1907.  M. Gustave Ferrié, chef des services de télégraphie s’était occupé, lui-même en 1907, de l’installation pour la première fois à Casa de la TSF.

De nuit, la station de Casablanca était relayée par le croiseur Kleber, qui était positionné dans le port de Casablanca, qui émettait en direct vers l’émetteur de la tour Eiffel, dont la puissance venait d’être augmentée. De jour, le croiseur Kleber transmettait à un croiseur au port de Tanger  les télégrammes radios, qui sont la tour transmis en France via le câble Tanger-Oran-Marseille.  Les incidents précités ont mis en évidence, pour le gouvernement français, le rôle prépondérant des communications télégraphiques sans fil, en permettant de l’informer de l’engagement de ses troupes. La TSF fut utilisée à Casablanca à partir de 1907 et, dès 1909, des communications au moyen de cette technique étaient ouvertes entre Tanger, Rabat, Casablanca et El Jadida.

Lors de l’instauration du protectorat français au Maroc, en 1912, un contingent des forces armées françaises, établi en Afrique du nord a utilisé la TSF en particulier à Taourirt. Cette ville où il fut construit en 1911, sur une colline du fleuve de Za, non loin du centre-ville actuel, deux pylônes géants métalliques d’une hauteur de 25 m et espacés de 50 m environs, qui étaient destinés à supporter l’un des équipements d’émission et l’autre des équipements de réception. Des échanges de messages télégraphiques militaires ont été effectués entre Taourirt, Oran et Paris. L’occupation d’une nouvelle zone par les troupes françaises, la nécessité de ravitaillement des troupes avaient accru le nombre de messages télégraphiques, échangés depuis Taourirt. Ces deux pylônes centenaires, sont encore en place, témoignant d’une période révolue de l’histoire des télécommunications au Maroc.

Plusieurs témoins de l´époque ont affirmé que, dès 1912, le réseau télégraphique public sans fil marocain des PTT, était un réseau d´une qualité mondialement reconnue. Quand on voit la situation de la télégraphie PTT entre le 19eme siècle et le 20eme, on ne peut que rendre un vibrant hommage aux agents des PTT de l´époque, musulmans, juifs et chrétiens pour les efforts  louables qu´ils ont déployés durant cette période, pleine d´incertitudes et de conflits divers pour la construction du premier réseau de télécommunication connecte au monde de l´époque. Au passage signalons qu´un système  TSF, presque analogue à celui de Taourirt,  a permis  d’assurer la communication entre le bateau Titanic et la terre ferme, lors de son naufrage le 14 avril 1912 .

Le réseau Télex :

Plus tard vers 1930, le réseau télex a pris la relève pour assurer la télégraphie dite automatique. Ce réseau permet aux abonnés d’échanger directement des messages écrits par commande à distance, sans l’intervention humaine et à partir des machines qu’on appelle les téléimprimeurs. Ceux-ci furent appelés Télex, de la contraction des mots anglais « Telegraph exchange ». Avant ce nouveau dispositif, des agents, appartenant généralement aux PTT, se chargeaient de transmettre, par la télégraphie filaire ou sans fil, les télégrammes déposés généralement par les clients au niveau des guichets de la poste.

Le Télex connaît son ascension durant les années 1960. Il était exploité dans le monde entier, particulièrement en Europe. Le premier grand réseau Télex a été mis en service en Allemagne dans les années 1930. En France, il a été inauguré en 1946 et au Maroc en 1971.

telegraphe de chappe
Photo du télégraphe de Chappe

L’avantage le plus important du Télex réside dans le fait que la réception d’un message est confirmée par le destinataire avec un haut degré de certitude et ce, par un mécanisme de réponse automatique. Ceci constituait un avantage indéniable, « Début de preuve » devant la justice, par rapport à d’autres moyens de communication moins sûrs, comme le téléphone, le fax ou l’internet. Seule la plateforme à signature électronique à double clés, instaurée au Maroc depuis une décennie, par la Loi n° 53-05 relative à l’échange électronique de données, est en mesure d’apporter la preuve, comme ce fut le cas du télégramme de jadis.

Au Maroc on comptait  1240 abonnés télex en 1973, 3300 en 1978, 6440 en 1985 et 8950 abonnés, en 1991. Cependant, le parc télex, qui s’était accru jusqu’en 1991 à 8.941 abonnés a commencé à décroître, tombant en 1994 à 6.785 abonnés, revenant au chiffre de 1985. L’avènement du fax, qui s’est beaucoup développé et l’avènement de la messagerie instantanée internet, ont eu raison du télex ; ce qui a conduit à son arrêt en 2008.

L’invention du téléphone :

Quant au téléphone, son invention revient réellement à l’italo-américain Antonio Meucci qui avait déposé un brevet descriptif du téléphone en décembre 1870 avant le célèbre Graham Bell. Le 11 juin 2002, la Chambre des représentants des États-Unis a reconnu le rôle d’Antonio Meucci dans ce domaine, en soulignant que « si Meucci avait été capable de payer les 10 $ us de frais, pour maintenir la promesse de brevet après 1874, aucun brevet n’aurait pu être délivré à Graham Bell en 1876. » . Le téléphone a été exploité commercialement aux États-Unis, dès 1877 et, en France dès 1879. En 1912, on comptait 12 millions de postes téléphoniques fixes dans le monde, dont 8 millions aux États-Unis. Quant au Maroc, il y avait moins de 100.000 abonnés à l´indépendance en 1956.

Ainsi, depuis l’invention du télégraphe de Chappe, les télécommunications n’ont cessé d’évoluer. Jusqu’à la fin des années 70, les produits et services de télécommunications revêtaient un caractère plus au moins classique à part certaines rénovations relevant plutôt de l’accessoire. A partir des années 80 et grâce notamment aux progrès technologiques, un changement dans les besoins en télécommunication, s’est opéré par l’apparition de nouveaux services offerts par des réseaux dédiés tels les réseaux de transmission de données. Si la technologie du numérique a permis de faire disparaître les frontières entre l’informatique, l’audiovisuel et les télécommunications, la fibre optique a contribué à atténuer l’effet « longue distance ». La fibre optique supplante largement les systèmes classiques de transmission par câble et elle constitue, déjà, un élément de l’infrastructure des réseaux très haut débit. Avec l’avènement du cellulaire, le téléphone mobile a remplacé largement le téléphone bifilaire en offrant plus de services et plus d’applications, en dehors de la voix. Avec 2 milliards de smartphones dans le monde aujourd’hui, dont dix millions au Maroc, l’homme est redevenu plus que nomade. Il lui est désormais possible de se déplacer, partout, sans pour autant perdre le contact avec le monde qui l’entoure !

 René Guenon, philosophe français, avait bien dit au début du siècle dernier, « on ne peut pas arrêter le progrès ! ». En effet, la recherche et l’innovation n’ayant pas de limites, les télécommunications s’ouvriront certainement à de nouveaux produits et services, plus prometteurs, dont les prémices, ont  été  exposées au congrès mondial des mobiles tenu à Barcelone du 02 au 05 mars 2015.

Par Ahmed KHAOUJA

Directeur de PTT Maroc

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