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Les infrastructures numériques du 21ème siècle, cas de la France

Les infrastructures numériques du 21ème siècle, cas de la France

 Par M. Richard Toper, Président Directeur Général de la société Setics.

Les besoins

La société numérique est en marche, mais sans infrastructure numérique, point de service attractif et viable, pas d’économie numérique.

Le téléphone et la télévision se sont déployés au 20ème siècle. Aujourd’hui, chacun et chacune veut être connecté en permanence : nous sommes entrés dans le monde de la connexion !

Connexion au travail, bien sûr, où le fax a disparu et où le poste téléphonique se marginalise et s’intègre dans le terminal de travail.  Mais aussi connexion à la maison, pour les usages domestiques (triple play, mais aussi multiplication des terminaux), et pour les usages professionnels. Et voici qu’arrivent plus de trente milliards d’objets connectés pour 2021 selon un rapport de l’opérateur de télécommunications Verizon….

Parallèlement, les territoires français évoluent :

  • désertification croissante des territoires les plus ruraux,

  • informatisation massive des agriculteurs,

  • arrivée des rurbains, qui travaillent en ville et habitent à la campagne.

Dans notre beau pays, tout le monde s’accorde pour aménager les territoires ; il s’agit notamment que chaque habitation dispose d’un accès aisé aux services : poste, électricité, téléphone, eau…Le challenge depuis les années 2000, c’est la connexion à Internet de tous les foyers, notamment les habitations et entreprises situés dans les zones rurales.

Face à la privatisation du secteur des télécommunications, les collectivités locales se sont saisies, au début des années 2000, des réseaux de communication électronique. Adopté par le parlement le 13 mai 2004, l’article L 1145-1 est le fondement juridique des Réseaux d’Initiative Publique (RIP) qui ont adressé d’abord le Haut Débit (HD), avant d’offrir aujourd’hui du Très Haut Débit (THD).

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Un peu d’histoire

Tout au long de son histoire, la France s’est dotée de grands réseaux : routes, canaux, chemins de fer, électricité, autoroutes, téléphone…

Deux paires de fils de cuivre arrivent dans chaque maison : une pour l’électricité et une pour le téléphone. L’électrification rurale s’est déroulée dans les années 50, après la nationalisation du système électrique décidée à la Libération. Les premiers réseaux électriques étant proches des sources de production et les relations avec les collectivités locales étant établis de longue date, de nombreuses collectivités locales ont créé des structures (syndicats mixtes) pour électrifier leurs territoires avec un « opérateur » concessionnaire unique : ERDF. Ainsi, les collectivités sont propriétaires de 9 millions de poteaux électriques utilisés par ERDF (dont 5 millions utilisés aussi par Orange).

Le téléphone ne s’est généralisé en France que dans les années 70, dans le cadre d’un effort de rattrapage massif : le programme DELTA LP  mené par le Ministère des PTT. Piloté depuis Paris, le programme s’est déployé avec la réussite que l’on sait, en empruntant des fonds aux organismes financiers et aux collectivités territoriales. Une fois les fonds remboursés, l’opérateur historique (Administration d’Etat à l’époque, société privée aujourd’hui) est propriétaire des fourreaux et de plus de 13 millions de poteaux téléphoniques.

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Infrastructures et débits

Selon la « loi » de Nielsen, les débits grand public augmentent de 50% par an (croissance constatée entre 1983 et 2014).

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Cette croissance des besoins, légèrement inférieure à la loi de Moore (doublement de la puissance des puces tous les 18 mois, soit 60% de croissance annuelle) a entraîné de nombreuses innovations utilisant les réseaux existants :

  • ADSL et VDSL sur le réseau cuivre téléphonique

  • CPL sur les réseaux électriques

  • DOCSIS sur les réseaux câblés

Mais les réseaux faits pour le téléphone, la télévision ou l’électricité ne sont pas conçus pour transporter des données à haut et très haut débit. D’où l’apparition de la fibre optique, d’abord dans les réseaux longue distance, puis dans les réseaux de collecte, les réseaux de transport et enfin dans les réseaux de distribution, jusque chez l’abonné : c’est le FTTH : Fibre To The Home. Cette infrastructure est mise en place pour plusieurs décennies, à l’instar des réseaux téléphoniques et électriques.

Comme l’a montré l’ARCEP dans une récente publication, le FTTH offre des performances bien supérieures aux autres technologies. Aujourd’hui en France, comme dans le monde, la croissance des abonnés s’appuie sur le FTTH.

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 Nota : le FTTH n’est pas la seule option. Tout d’abord le mobile permet d’être connecté en permanence, à condition qu’il y ait des antennes et qu’il n’y ait pas d’obstacle à la propagation. Par ailleurs, les abonnés isolés peuvent disposer de la radio ou du satellite, s’ils ne sont pas trop nombreux.

Les ambitions

 Il s’agit de connecter les zones les moins denses aux activités du 21ème siècle. Aujourd’hui, si la France n’est pas très en avance dans le raccordement des zones denses, elle est la première à avoir engagé un plan global et massif de raccordement au Très Haut Débit. Pour atteindre cet objectif, le Plan France Très Haut Débit mobilise un investissement de 20 milliards d’euros en dix ans, partagé entre les opérateurs privés, les collectivités territoriales et l’État.

Dans les grandes agglomérations et chefs-lieux de département, les opérateurs privés déploient des réseaux de fibre optique jusqu’à l’abonné (FttH). Ils s’engagent à réaliser ces déploiements d’ici 2020 dans le cadre de conventions signées avec les collectivités territoriales concernées et l’État. Ces zones dites « conventionnées » concernent 3 600 communes, environ 10% du territoire, 57% de la population et représentent un investissement de 6 à 7 milliards d’euros.

En dehors des grandes agglomérations, les collectivités territoriales déploient des réseaux publics mobilisant plusieurs types de réseaux d’accès à Internet, avec un accent mis sur le FTTH. Propriété des collectivités territoriales, ces « réseaux d’initiative publique » proposent, comme les réseaux privés, des services aux particuliers et entreprises via des fournisseurs d’accès à Internet (FAI). Ils représentent un investissement de 13 à 14 milliards d’euros dont la moitié est financée par des subventions publiques (collectivités, Etat, Europe).

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L’écosystème des RIP (réseaux d’initiative publique)

De façon inédite, le Plan France Très Haut Débit est un programme national d’avenir initié par les collectivités locales, qui associe pleinement de multiples acteurs très différents (collectivités locales, administration centrale, industriels des télécommunications, industriels du BTP). Cet effort se poursuit et s’amplifie depuis plus de 10 ans, quel que soit le contexte politique.

Focalisé sur le déploiement des infrastructures numériques, l’écosystème inclut :

  • Plus de 100 collectivités territoriales (départements, régions, syndicats mixtes, métropoles, agglomérations,..) s’appuyant sur des associations très dynamiques (AVICCA et FNCCR)

  • Plusieurs administrations centrales et spécialisées coordonnées, motivées et harmonisées par la Mission Très Haut Débit du Ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique

  • Des industriels des télécommunications : opérateurs de RIP, opérateurs commerciaux, fabricants de câbles, équipementiers

  • Des industriels du BTP : génie civil, pose et installation, raccordements

  • Des acteurs financiers orientés infrastructures : Caisse des Dépôts et Consignations, fonds d’investissement français et étrangers, banques prêteuses

  • Des cabinets de conseil et bureaux d’études : stratégie, assistance à maîtrise d’ouvrage, ingénieurs conseils, maîtrise d’œuvre VRD, prestataires juridiques, économiques, financiers

  • Plusieurs structures de concertation (associations, fédérations, cercles,..) réunissant les différents acteurs

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Au fil du temps, s’est bâti un écosystème, représentant 6000 emplois directs en 2015 et 20000 en 2020. Et à l’origine de nombreuses mutations économiques et sociales :

  • Immobilier : aux Etats-Unis, une maison fibrée vaut 8000$ de plus qu’une maison non raccordée ; en Grande-Bretagne un bien avec une mauvaise connexion peut valoir jusqu’à 20% moins cher d’un logement équipé

  • Télétravail : avec le THD, on peut travailler de chez soi un ou plusieurs jour(s) par semaine ; des espaces de coworking sont mis en place pour donner aux individus des cadres de travail adaptés à leurs besoins professionnels en dehors de l’entreprise et proches de leurs lieux de vie

  • Tiers-lieux : de nombreuses collectivités ont créé des espaces polyvalents proches des domiciles, qui puissent aussi bien servir de lieux de travail que d’émulateurs à projets individuels et collectifs ; ces espaces constituent également des lieux d’échange dont l’impact peut se révéler important sur l’intégration sociale et le bien-être personnel

  • Migrations d’employeurs et création d’emplois : une zone d’activité fibrée attire les entreprises, d’autant plus si elles proviennent de zones non équipées ; fin 2012, les départements dotés d’un réseau d’initiative publique (RIP) bénéficiaient d’un différentiel favorable de -0,5 point de chômage par rapport aux autres départements français

  • Télémédecine : de nombreuses expérimentations en cours afin de traiter les déserts médicaux (téléradiologie en milieu rural, systèmes d’information modernisés, rénovation du dossier médical partagé…) ; en Europe est mis en œuvre un « Plan d’Action Européen pour le développement de la e-santé »

Et l’international

Le FTTH se développe très vite dans le monde entier principalement en Asie et en Amérique. Surtout dans les zones denses.

Dans les manifestations internationales, les conférenciers s’interrogent sur la façon de câbler les zones moins denses et sur la faisabilité de l’Open Access. En France, nous avons beaucoup avancé et innové ; nous sommes sur le point de réussir le plan France Très Haut débit et de démontrer l’Open Access, c’est-à-dire l’utilisation de l’infrastructure par différents fournisseurs d’accès à Internet dans des conditions raisonnables et non discriminatoires.

A nous de valoriser notre savoir-faire et de prendre rapidement des positions à l’international.

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