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Interaction entre ville intelligente et développement durable

Interaction entre ville intelligente et développement durable

La définition du concept « ville intelligente » évolue, doublement,  dans l’espace et à travers le temps. Elle évolue dans l’espace, en fonction des spécificités locales des villes de chaque pays,  en tenant compte des niveaux socio-culturels des citoyens habitants ces villes. L’évolution à travers  le temps dépend, d’une part,  de l’évolution des différentes infrastructures contribuant au développement d’une ville intelligente (Technologie, architecture, gestion urbaine,…) et d’autre part,  de l’évolution du management urbain et de la manière d’assurer la coordination entre ces différentes tendances. La ville intelligente découle, par traduction, de l’expression anglaise « smart city », et désigne une ville utilisant les meilleurs outils modernes pour assurer sa gestion. Ce concept vise, entre autres, à satisfaire les différents besoins d’une ville dans le cadre de la recherche d’une meilleure qualité de vie des citoyens et des entreprises. Récemment, on a commencé à lier ce concept aux villes utilisant les technologies de l’information et de la communication (TIC), pour « améliorer » la qualité des services urbains, ou encore, pour réduire ses différents coûts. Parmi plusieurs définitions de ce concept de ville intelligente, retenons celui de  l’Union internationale des télécommunications (UIT): “Une ville intelligente et durable  est une ville innovante qui utilise les technologies de  la communication et de l’information  (TIC) et d’autres moyens pour améliorer la qualité de la vie,  l’efficacité des opérations urbaines et des services, et  la compétitivité, tout en veillant à  répondre aux besoins des générations présentes et futures en ce qui concerne les aspects économiques, sociaux et environnementaux« .

Si le concept de ville intelligente découle du marketing de territoire, le développement durable vise, plutôt, de la volonté de préserver notre planète Terre des différentes pollutions provoquées par les activités humaines. Ce concept du développement durable, a été évoqué officiellement et pour la première fois dans le rapport du suédois  Brundtland et introduit au sommet de la Terre de Rio en 1992 comme suit : « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».

La ville, qui est à la fois un moteur du développement économique et un révélateur des problèmes de société, est appelée, plus que jamais, à jouer un rôle important dans le développement durable. Et tout particulièrement en ces temps où l’accroissement de la population urbaine ne cesse d’augmenter à travers le monde et tout particulièrement au Maroc, où le taux d’urbanisation est passé de 8% en 1900 à 30% en 1960, puis, à presque à 60% en 2016. La population urbaine au niveau mondiale devrait doubler en 2050 et 90% de cette croissance  sera observée dans les pays en développement.

La promotion et le développement d’une ville intelligente sont portés par les acteurs locaux et les opérateurs majeurs, comme les opérateurs de télécommunications, les sociétés informatiques, intégrateurs de systèmes d’information, opérateurs de réseaux électriques, distributeurs d’énergie, entreprises de travaux publics, promoteurs immobiliers, entreprises de transport, équipementiers des télécoms. Le marché des technologies, qui sous-tendent les projets de villes intelligentes, a été  estimé à 40 milliards de dollars en 2016 dans le monde.

Quant au marketing du territoire, il a été introduit en vue de contribuer à la mise en valeur des villes et pour les encourager à prendre part  dans cette compétition internationale. D’ailleurs, pour Jean Bouinot, expert français de la gestion urbaine : « la ville intelligente est celle qui sait à la fois attirer et retenir des entreprises employant de la main d’œuvre hautement qualifiée ». Dans son  livre « La ville compétitive, les clefs de la nouvelle gestion urbaine » il nous rappelle que ces sont les entreprises par le jeu des localisations ou des délocalisations qui forcent les villes  à entrer en compétition. D’où l’intérêt de s’informer sur les performances et les classements des villes, à travers le monde, et de suivre ainsi les tendances qui permettent une meilleure optimisation des infrastructures. Les villes intelligentes peuvent être identifiées et classées selon six dimensions principales selon le Professeur autrichien Rudolf Giffinger, expert en recherche analytique de développement urbain et régional. Ces critères sont : une « économie intelligente », une « mobilité intelligente », un « environnement intelligent », des « habitants intelligents », un « mode de vie intelligent » et enfin, une « administration intelligente ». Parcourons ces critères.

 

-Une « économie intelligente » : est une économie qui fait référence à  la « smart factory » c’est-à-dire à la ville industriellement intelligente, où les entreprises se développent dans les technologies de l´information et la communication (TIC) et où les industries intègrent les TIC dans leurs processus de production. En effet, Singapour qu’on peut citer comme exemple de ville modèle, et où l’économie intelligente est déjà présence, son gouvernement investit énormément dans les TIC : les caméras sont omniprésentes pour la sécurité des citoyens et les bâtiments publics sont tous équipés des capteurs d’alerte en temps réel en cas de séisme, par exemple. Ce qui permet aux décideurs de réagir dans les meilleurs délais.

-Une « mobilité intelligente » : est une mobilité qui consiste à concevoir de nouvelles des solutions alternatives aux celles basées uniquement sur l’extension croissante des réseaux routiers. Cette innovation passe par la conception d’applications informatiques permettant un accroissement des capacités de circulation, un renforcement de la sécurité et une meilleure adaptabilité.

Selon Jean-Pierre ORFEUIL, professeur d’aménagement à l’université Paris-Est, spécialiste des mobilités urbaines : « la mobilité n’est plus pensée en terme de déplacement de A à B, mais en terme de voyage, et le voyage doit-être une expérience agréable, conviviale et connectée »

-Un « environnement intelligent » : cet environnement de réfère à l’utilisation  des nouvelles technologies pour protéger et conserver l’environnement de la ville. Par exemple, l’installation des capteurs mesurant la qualité de l’air, comme c’est déjà le cas dans certaines capitales, permettraient de réguler la circulation des véhicules, encourager les citoyens à utiliser les énergies renouvelables…

-Des « habitants intelligents » : qui seraient prêts à s’approprier des comportements vertueux et intelligents. Car formation, la maîtrise des nouvelles technologies et l’innovation sont les clefs de la réussite de cette conversion vers la ville intelligente. La plupart de nos accidents au Maroc, à titre d’exemple,  étant dus aux comportements humains, nous incitent à nous interroger sur la formation des conducteurs. Autrement dit : n’est-ce pas une réussite de réduire le nombre d’accidents et d’épargner des vies humaines sur nos routes juste en améliorant la qualité de formation des conducteurs. Surtout quand on apprend  qu’actuellement, les 1,5 millions de voitures au Maroc provoquent 4000 morts par an, dont 25% sont  provoqués à Casablanca.

-Un  « mode de vie intelligent » : qui dépend de la qualité des conditions de logement, de l’existence d’installations culturelles, d’établissements d’enseignement et de la qualité d’une cohésion sociale. Par exemple, pour un logement de qualité  au Maroc, les syndics des immeubles et des maisons devraient, d’ici cinq ans, être opérationnels et réellement au service des résidents.

-Une  « administration intelligente »: Une administration intelligente renvoie à une gouvernance transparente qui associe les citoyens à la prise de décision et assure un certain nombre de services publics et sociaux. Nous suggérons que l’administration installe une signalisation routière universelle afin d’aider l’usager de la route, quelle que soit sa provenance ou sa destination, à vivre le parcours comme un voyage. Ce qui évitera à certains automobilistes de découvrir, comme pour une première fois, certaines signalisations presque réservées à des riverains locaux. L’administration intelligente, c’est également, comme cela existe déjà dans certains pays, la responsabilisation des acteurs de la circulation au Maroc. En Suède, par exemple, la loi responsabilise en cas d’accidents et les concepteurs des routes et les entreprises des systèmes de signalisation routière.

En conclusion : Le Maroc déploie, déjà, énormément d’efforts pour avoir des zones offshores intelligentes telles celles de  Tanger,  de Kenitra, de Rabat ou de Casablanca. Atteindre les niveaux asiatique ou européen de villes intelligentes, ce qui est un travail de longue haleine,  et un long chemin que le Maroc doit impérativement emprunter pour que voient le jour toutes ces intelligences qu’on vient d’énumérer.

Par Ahmed Khaouja consultant Télécoms.

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