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Entretien avec Monsieur M. Jamal Eddine Naji,  Directeur Général de la HACA (Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle)

Entretien avec Monsieur M. Jamal Eddine Naji, Directeur Général de la HACA (Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle)

Question1 :14-photo Jamaleddine Naji

Dans le cadre du nouveau cadre juridique c’est-à-dire, la Loi 11.15 relative à l’organisation de la HACA, tout citoyen peut déposer une plainte, auprès de Conseil Supérieur de la communication audiovisuelle, concernant le non-respect par un opérateur de communication audiovisuelle des dispositions de la loi et règlements régissant le secteur audiovisuel. Est-ce que cette disposition ne va pas alourdir le travail de la HACA surtout que  la HACA doit se prononcer dans un délai fixé ? Outre les partis politiques et les syndicats, est-ce que le levier des associations reconnues d’utilité publique n’était pas suffisant ? De quels leviers dispose la HACA pour une régulation beaucoup plus fluide ? Qu’en est-il de l’autorégulation et de la co-régulation ? les acteurs audiovisuels sont-ils sensibilisés pour s’autoréguler ?

Réponse : C’est sûr que cela exigera de l’institution, surtout de son capital de ressources humaines (près de140 cadres, techniciens, administratifs et agents de services), un plus gros effort et un rendement aussi bien plus volumineux que plus qualitatif. On s’y prépare. Cependant, il revient à la Haca de préciser, en aval des dispositions de la loi, les conditions et les critères requis pour l’éligibilité d’une plainte et pour son traitement. Sachant que l’élargissement du périmètre de régulation aux plaintes de citoyens procède de la logique démocratique que nombre de régulateurs, plus vieux et plus expérimentés que nous, ont adopté et maîtrisé. Il n’y a pas de raison qu’on n’en soit pas capables nous aussi au Maroc, d’autant plus qu’en peu d’années, une dizaine, on nous reconnait, chez nous, en Afrique et en Europe, un stade de maturité et d’expertise atteint qui nous conforte dans notre résolution -obligée de par la loi comme de par notre projet démocratique national inscrit dans notre constitution ! – à relever au mieux ce nouveau défi de démocratisation de notre paysage audiovisuel, pour y accueillir maintenant, par la régulation, le citoyen, en plus des partis politiques, les syndicats et les associations. C’est donc un impératif de mise en œuvre de la constitution. D’ailleurs, la Haca a, depuis 2012, au lendemain de la constitution de 2011, commencé à anticiper sur ce défi, en répondant à certains citoyens plaignants, en leur explicitant, par une réponse formelle, les prérogatives de l’institution versus leurs plaintes. D’un autre côté, comme il en est dans les pays de longue expérience démocratique de régulation de ce secteur, nous devons compter à l’avenir sur la responsabilisation des opérateurs pour que les raisons de plaintes de la part des publics diminuent. Une plus grande vigilance de la part d’une chaîne radio ou TV concernant les règles professionnelles, les principes et pratiques déontologiques et un respect rigoureux des cahiers des charges (comme le respect du pluralisme ou la maîtrise d’antenne), sont les leviers éprouvés pour que des médias suscitent plus d’adhésions et de satisfaction que de plaintes, de défiance ou de désaffection. La régulation, dans ce domaine, compte toujours sur cette dimension du professionnalisme responsable et honnêtement ou sincèrement démocratique pour jouer au mieux son rôle. C’est le cœur de la co-régulation qui est le stade avancé et mature de la régulation. La Haca a travaillé d’arrache-pied, ces deux dernières années, en concertation avec tous nos opérateurs nationaux, radio et TV, publics et privés, pour doter, par anticipation, cette dimension de la co-régulation des outils nécessaires, à leur tête une banque de données et de communication/consultation, une plateforme on line, qui met en ligne, en permanence la Haca et l’opérateur pour une gestion commune et concertée, des informations, des manquements, des analyses, des prévisions sur le secteur etc…Cet outil, en phase de test, sera, à partir de janvier prochain, comme une tour de contrôle commune, partagée entre le régulateur et les opérateurs pour anticiper sur les manquements, pour anticiper sur les difficultés et l’avenir du secteur etc…Certaines expériences de régulation, bien que jeunes, peuvent initier des modalités ou outils de régulation inédits, c’est le cas du Maroc avec cette plateforme de co-responsabilisation/co-régulation entre le régulateur et l’opérateur.

Question2 :

D’après plusieurs études, la télévision n’est plus l’écran préféré des jeunes. L’avènement des différents terminaux dont les smartphones s’accompagne d’un changement de comportement des usagers.  Selon certains décideurs au niveau mondial,  la télévision n’a d’avenir que si elle change la façon dont elle est distribuée. D’après vous que doit-on faire pour que la télévision s’adapte à ces évolutions ?

Réponse : La consommation de la télévision au sens classique du terme, c’est-à-dire, un écran avec des personnes en face suivant des émissions ne sera plus dans 10 à 15 ans comme elle l’est aujourd’hui. Déjà la vidéo à la demande (VOD) et les prestataires, type « Netflix », ont rendu du domaine presque préhistorique les travaux et thèses d’Armand Mattelart et surtout de Jean Baudrillard qui avait analysé, avec justesse il y a 40 ans, le rôle social et anthropologique du téléviseur trônant au milieu du salon ou espace de vie central de la famille, focalisant moult mécanismes de socialisation et de cosmogonie collective moderne, à l’échelle de l’individu comme à l’échelle du groupe…On n’a plus cette réalité, ni le choix de minorer les usages et leurs incessantes mutations ! Certes, les comportements changent et les éditeurs de services TV qui ne tiendraient pas compte de ces changements seront certainement pénalisés. Toutefois, nombre d’analyses récentes avancent que le grand téléviseur classique, bien que connecté, aujourd’hui, au Smart, mêlant le fixe au mobile à volonté, vu le confort et la qualité d’image qu’il offre, en plus d’une ambiance de collectivité de partage d’un moment de convivialité, pourrait garder le monopole – ou recours d’appoint à l’occasion – sur certains types d’émissions comme le sport (tous les sports d’équipe : football, handball, volleyball…), tennis, athlétisme, les concerts musicaux, le cinéma et le théâtre…A priori, Il n’est pas pratique de suivre de telles émissions sur un Smartphone, une Tablet ou l’écran d’un PC. De tels dispositifs nécessitent des contenus spécifiques et adaptés. Je dis à priori, car, il y a quelques mois, personnellement, dans un café, en Europe, alors que j’étais scotché à l’écran plasma du lieu pour suivre un grand « classico » de football, un jeune homme, visiblement aussi mordu que moi pour suivre le match, était scotché lui à son smartphone alors qu’il était juste à côté de moi, face au même écran. Il a suivi tout le match sur un écran de 10×8 cm.. !

Question3 :

Dans le cadre du passage de TV analogique au numérique on se trouve dans une situation où on peut offrir un bouquet ou un multiplex de programmes sur l’équivalent d’un canal analogique. Est-ce que la loi 77-03   offre un cadre de régulation pour le métier d’opérateur de multiplex ou d’un acteur équivalent et ce pour gérer les signaux de plusieurs éditeurs de services de télévision numérique devant occuper un seul canal  radioélectrique ?

Réponse : Dans tous les pays du monde où la transition de la diffusion télévisuelle analogique terrestre vers la télévision numérique terrestre (TNT) a été opérée, la préparation de cette opération d’envergure nationale a été menée en coopération avec tous les acteurs nationaux concernés directement ou indirectement de manière à la réussir dans de bonnes contions. Au Maroc, outre les aspects liés au déploiement des réseaux TNT ayant débuté début 2007, à la communication et à la sensibilisation du public, à la disponibilité sur le marché des récepteurs TNT, l’adaptation du cadre juridique de la communication audiovisuelle était une nécessité et un préalable. En effet, de nouveaux aspects, autres que l’édition de service et de télédiffusion, n’étaient pas encadrés par l’ancien cadre juridique. On peut notamment citer trois aspects :

  • le multiplexage des signaux des services de télévision édités par les différents opérateurs TV est un métier qui nécessitait une définition et un cadre de régulation ;

  • les normes techniques de la TNT devaient être également établies

  • le régime des redevances pour utilisation des fréquences par les opérateurs de la TNT

L’un des objectifs de la révision de la loi 77-03, publiée en novembre 2015, est de palier à ce vide. Il y a aussi l’adoption de la norme de diffusion et la préparation du projet de révision du régime des redevances pour utilisation des fréquences, proposé par la HACA au gouvernement. Tout cela a été conduit chez nous sans faillir au rendez- vous international du 17 juin 2015, manqué par tous les pays de la région et plusieurs du continent. L’enjeu était la crédibilité du pays dans laquelle le régulateur avait une responsabilité évidente bien que limitée. Les opérateurs avaient aussi une part de responsabilité et ils l’ont assumée.

Question4 :

Comment la HACA et l’ANRT coordonne leurs travaux sur des aspects d’intérêt communs et plus particulièrement en ce qui concerne les bandes de fréquences radioélectriques réservées à la communication audiovisuelle ?

Réponse : La coopération bilatérale HACA – ANRT est encadrée depuis 2005 par une convention signée par les deux parties. Les sujets d’intérêt communs sont examinés dans le cadre des réunions du comité de pilotage regroupant le top management des deux institutions et des commissions mixtes spécialisées.

Concernant  l’aspect des fréquences, les concertations sont continues depuis 2004, date de la préparation du 1er Plan National des Fréquences (PNF). En ce qui concerne la coordination et l’assignation des fréquences audiovisuelles, les équipes des deux parties travaillent en parfaite harmonie. Pour les autres aspects, la HACA a toujours examiné les sollicitations  de l’ANRT avec beaucoup d’intérêt et de sens de responsabilité. Les intérêts nationaux, dont ceux du secteur de l’audiovisuel, à savoir sa liberté, sa diversité, son développement et son rayonnement et dont la Haca a expressément la charge, sont nos seuls repères et objectifs. L’ANRT partage, bien entendu, avec nous, le souci de les atteindre, comme nous sommes soucieux d’appuyer ses objectifs spécifiques qu’elle poursuit dans son domaine et qui relèvent eux aussi des grands intérêts du pays.

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