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Enjeux du Big Data

Enjeux du Big Data

Un employé de la bourse de New York  aux USA s’est aperçu que sa cotisation d’assurance a exceptionnellement augmenté pour cause qu’il achetait régulièrement des boissons à base d’alcool aux supermarchés et effectuait, de temps à autre, une recherche sur la toile sur les maladies cardiovasculaires. Par ses agissements, cette personne  a donné l’occasion aux sociétés d’assurance de la ranger dans la catégorie des personnes à risque et ce, grâce à une application simple de Big Data. Dans ce cas-là précis, les données des achats auprès des différents supermarchés, découlent de l’utilisation de ses diverses cartes bancaires, alors que les informations concernant ses maladies sont issues de sa recherche sur internet. Demain, avec les informations qui seront données aussi par les divers objets connectés chez nous ou dans nos voitures, les assureurs disposeront d’un outil de travail efficace, pour mieux connaître nos comportements.

Généralement, dans le cadre de nos activités quotidiennes, on règle certains de nos achats avec des cartes de crédit, on navigue sur internet et on laisse même, parfois, des commentaires sur les réseaux sociaux. A travers ces différents gestes, on livre sans le savoir des informations importantes aux géants de l’internet. Après leur stockage et leur traitement, par de puissants algorithmes mathématiques, les produits issus des analyses de ces données peuvent détecter des comportements très profondément cachés et cerner nos profils, lesquels seront ensuite vendus éventuellement à des fins de ciblage  publicitaire. Si d’après Philipe Kotler  spécialiste du marketing « Le marketing est l’art qui rend l’effort de vente superflu » on peut ajouter que «  le Big data est l’art  de rendre les deux superflus, c’est dire l’effort de vente et la vente elle-même ! ».

Au Maroc, plusieurs actions sont en cours ou ont été déjà entreprises par de nombreux acteurs informatiques. Un centre d’innovation a été récemment créé à Casablanca, qui a pour mission le conseil des entreprises, potentiellement clientes en matière de Big Data. Ces acteurs informatiques sont en phase de finaliser une étude des besoins en la matière, auprès des futurs utilisateurs du Big Data. Dans notre pays toujours, même si seulement un abonné sur trois est présentement connecté à internet et bien que les cartes bancaires soient peu utilisées,  les applications  Big Data peuvent servir dans différents domaines. En plus des domaines du  commerce et  de la santé, les applications du Big Data peuvent être utiles dans celui  des élections et aussi dans la détermination des divers besoins futurs des citoyens marocains.

L’objectif du présent article et de la vidéo proposée dans la médiathèque de ce numéro de « LTE Magazine »  est de cerner, autant que faire ce peu, le phénomène du Big Data ainsi que ses enjeux et ses limites.

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L’expression « Big Data» serait apparue pour la première fois, dans un article scientifique sur « les défis technologiques à relever pour visualiser les grands ensembles de données » aux USA en octobre 1997. Elle a été donnée par  « l’Association américaine for Computing Machinery » (ACM).

Littéralement, le terme de « Big Data» signifie « gros volume de données ». Mais ce nom est un peu simpliste. En effet, d’après le cabinet de conseil américain Gartner, le concept de « Big Data » ne se traduit pas uniquement la masse des données qui est importante, mais la combinaison de trois « V »:

- Volume : le « V » de « volume » décrit le fait que l’utilisation accrue des nouvelles technologies des télécommunications, incite les usagers à produire  de plus en plus de données lors de leurs activités quotidiennes. Le monde produit ainsi, aujourd’hui, énormément de données de l’ordre de 3 zettaoctets (1021 octets). Cette masse va augmenter sans cesse pour représenter 40 zettaoctets (1021 octets) en 2020.

-Vitesse : ces données qui sont stockées et qui évoluent dans le temps, nécessitent un traitement rapide, presque en temps réel, pour pouvoir en exploiter les informations et en tirer de bonnes conclusions.

-Variété : le dernier « V » représente la grande diversité des sources de données. Il n’est pas judicieux ni utile de concevoir un projet décisionnel Big Data à partir uniquement d’une seule source de données. Il est important de croiser plusieurs sources, pour en tirer des conclusions pertinentes et exploitables.

Big Data pourquoi ?

Les éléments clés qui ont permis l’apparition et le développement du  Big Data sont une conséquence de l’évolution technologique: augmentation de la capacité de stockage et de traitement des données. Chaque jour, on génère des milliards d’octets de données. 90% de celles-ci, dans le monde aujourd’hui, ont été créées juste au cours des  deux dernières années seulement.  McKinsey, cabinet de conseil international, estime que le volume des données augmente de 40% chaque année, et qu’en 2020, ce  volume sera estimé à presque 50 fois celui de 2009. En ce qui concerne les évolutions technologiques, on précise que si dans les années 80 un disque de 5 mégaoctets coutait 3000 dollars, aujourd’hui on peut acheter pour 10 dollars seulement une mémoire d’une capacité 6000 fois supérieure!

Côté Recherche et Développement, divers experts et spécialistes des nouvelles technologies considèrent le phénomène Big Data comme l’un des grands défis informatiques de la décennie 2010-2020. Ils en font l’une de leurs nouvelles priorités de Recherche et de Développement.

Côté marché, la revue N°6 de Capital d’août 2015 a précisé que le marché mondial du Big Data a atteint un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros en 2014 et qu’il va totaliser 22 milliards d’euros en 2016 et 50 en 2022. L’entreprise d’analyste « Open Source Wikibon », va plus loin en estimant que le  marché du  Big Data s’établirait à $53.4 milliards en 2017.

Côté pays émergents et si on prend l’exemple de l’Inde,  il est prévu qu’en 2016 le Big Data permettra aux entreprises de services informatiques  de ce pays d’augmenter leur revenu de 82.9% et celles d’analyse de 17.1%.

En Europe, le Big Data devrait également représenter 8% du PIB européen en 2020, selon L’Association Française des Éditeurs de Logiciels et Solutions Internet (AFDEL).

Côté ressources humaines, en 2018, les États-Unis auront besoin de 140 000 à 190 000 scientifiques spécialisés en Big Data. L’Inde  aura besoin d’un minimum de 100000 employés pour soutenir l’environnement de la Big Data. Au total et d’après la revue N°6 de Capital d’août 2015 précité,  le nombre d’emplois qui seront créés dans le monde en 2016 approcherait de 4,4 millions.

En Europe, la Commission européenne et les entreprises privées  européennes, spécialisées dans le domaine des données, se sont engagées à investir 2,5 milliards d’euros dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP), visant à placer l’Europe en tête de la course mondiale dans le Big Data. Avec la maîtrise de ce système, on vise, à travers ce partenariat, la création de 100 000 nouveaux emplois d’ici à 2020. Les applications du Big Data, en Europe, devront être utilisées dans les domaines de l’énergie,  de la  santé et de l’industrie.

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Big Data, comment ça fonctionne ?

L’outil Big Data Analytics examine un volume important de données et procède à l’identification des modèles cachés, comme les comportements du client vis à vis des entreprises et lors des différents  achats effectués tels que ceux réalisés dans les supermarchés. Ce qui donne pour l’entreprise un avantage compétitif et une meilleure prise de décision sur les plans stratégique et opérationnel. On va ainsi aboutir  à l’élaboration d’un marketing efficace, à une augmentation du chiffre d’affaires de l’entreprise et  à une satisfaction accrue du client. D’une manière générale, l’exploitation de données de Big Data permet l’élaboration de profils clients dont on ne soupçonnait  pas l’existence. Déjà, une application du Big Data au niveau d’une chaine connue d’un supermarché, aux USA, arrive à  traiter plus d’un million de transactions clients par heure. Ainsi, cette application arrive à mieux orienter les clients dans leurs achats et ce, en temps réel. Si le marketing avait pour rôle de rendre l’effort de la vente superflu, les applications Big Data vont rendre les deux superflus : et l’effort et la vente

Les diverses applications du Big Data

Santé :

La santé figure parmi les applications les plus utiles du ‘Big Data :

Les informations en relation avec la santé existent dans de multiples endroits comme les fiches médicales individuelles, les laboratoires et les systèmes d’imagerie, les notes des médecins, les correspondances et les réclamations médicales. Mais actuellement, 80% de ces données médicales ne sont ni structurées ni utilisées. Utiliser les applications du Big Data dans ce domaine, et surtout celles de la prédiction, va certainement permettre la mise en place d’un système de santé durable et une collaboration accrue pour améliorer les soins et la prévention des maladies.

Politique :

Dans un proche avenir, le Big Data va nous permettre de juger de la compétence des grands commis de l’Etat et va nous aider à choisir l’homme le plus efficace pour nous gouverner. Déjà aux USA, le Big Data a joué un rôle important dans la réélection de Barack Obama en 2012. En effet, au cours de la campagne d’avant l’élection présidentielle de 2012 aux USA, l’équipe de campagne d’Obama a engagé des dizaines d’ingénieurs en informatique et en statistique. Ces ingénieurs avaient pour mission d’exploiter toutes les données du Net afin de traquer les tendances des opinions et de cibler les électeurs indécis.

Recherche scientifique:

Le Big Data a un important potentiel scientifique dans le domaine de la physique des particules. Les outils d’analyse du Big Data,  en interaction avec les données déjà stockées auparavant, vont pouvoir affiner l’exploitation de milliers de données qui sont produites par les accélérateurs de particules au « Centre européen pour la Recherche nucléaire » (CERN) situé en la Suisse. De même, le Big Data va servir énormément les chercheurs en astronomie et en génétique. A titre d’illustration et selon l’entreprise « Illumina » (www.illumina.com), s’il a fallu plus de 3 milliards de dollars pour décoder le premier génome humain, aujourd’hui, séquencer un génome humain entier ne coûte plus que 1000 dollars. Et d’ajouter que si le décodage du premier génome humain a nécessité 10 ans, avec notamment les applications du Big Data, il prendrait moins d’une semaine.

La régulation du Big Data :

La manipulation des données massives pose de nouveaux défis aux régulateurs et aux organismes chargés de veiller à ce que les télécoms et les Tic soient au service des citoyens et que ces nouvelles technologies de l’information ne portent pas atteinte à la vie privée des particuliers et des institutions. Dans certains pays, comme la France, le législateur travaille déjà afin de fixer les obligations réglementaires qui doivent être appliquées aux acteurs du Big Data. Parmi les points sur lesquels intervient le législateur, il y a la question du consentement des parties concernées par la collecte et la précision des données qui sont appelées à être collectées. L’encadrement des acteurs du Big Data s’impose afin de créer les conditions idoines pour que la confiance s’instaure dans ce domaine complexe. Selon une étude réalisée par le « Boston Consulting Group », dans vingt pays et sur un échantillon  de 10000 consommateurs, 75% des personnes interrogées estiment que la protection des données personnelles est jugée comme un sujet de première importance. Certainement, les évènements relatés par la presse ces derniers temps, comme le vol des données, font susciter  la vigilance des consommateurs qui demandent que leur données privées et personnelles soient protégées. Le séminaire international prévu en 2016 à Marrakech sur la protection des données et la vie privée, abordera certainement les modalités de la régulation des données figurant sur la toile. Peut-être verra-t-on à l’issue de cette manifestation l’émergence d’un nouveau métier celui du notaire de Big Data : le dataire l’internotaire.

Big Data : un succès à relativiser !

L’étude du cabinet de conseil « Capgemini » a démontré qu’environ les 2/3 des entreprises concernées par le Big Data ne sont pas satisfaites des résultats obtenus. Selon ce cabinet, le secret de la réussite d’une initiative Big Data repose sur la mise en place d’une véritable structure relative à ces applications. L’étude conclut sur le fait que le traitement et l’analyse de données ne doivent pas faire oublier la complexité des systèmes et l’importance de l’homme pour remettre en question leurs fondements et éviter des erreurs pouvant se produire dans ce cadre. En effet, à titre d’illustration, aux USA, une jeune femme qui cherchait sur le net à comprendre la maladie de sa mère atteinte d’un cancer, s’est trouvée en difficulté pour décrocher un emploi, car le Big Data l’avait mise dans la catégorie des personnes à risque, en conjecturant que c’est elle qui était malade !. Aussi, les législateurs doivent-ils, en plus de l’encadrement du stockage et des traitements de nos données, veiller à prévoir d’éventuels dérapages dangereux émanant de l’application de Big Data.

                        Par Ahmed Khaouja consultant en télécoms et TICs

 

 

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